La conférence-débat de Matthieu ORPHELIN le 18 novembre 2019

L’exposé de Matthieu Orphelin

En guise d’introduction

On n’en est plus au stade des constats mais dans l’urgence des solutions à mettre en œuvre. L’information sur l’effondrement de la biodiversité mis en évidence par le GIEC représente une forme inhabituelle de l’alarmisme en matière de climat. Dans son rapport d’octobre 2018, le GIEC a également souligné que pour atteindre l’objectif de 1,5° fixé par la COP 21, il faudrait faire dorénavant 5 fois plus que les engagements qui avaient été pris par les Etats au cours de cette conférence. Les scientifiques en sont venus aujourd’hui à interpeller les politiques pour leur dire d’arrêter de financer leurs travaux de recherche et d’aller au bout de leur comportement actuel consistant à ne pas regarder la réalité de la situation en face.

Autant les engagements pris de manière unanime dans le cadre de la COP21 avaient suscité un immense espoir notamment dans les pays en voie de développement déjà impactés par les effets du changement climatique, autant l’enjeu consiste aujourd’hui à faire prendre conscience à tous du formidable changement de rythme qui est indispensable pour atteindre les objectifs fixés à l’époque. S’il n’existe plus aujourd’hui de véritable climato-scepticisme affiché (sauf aux USA), pour autant ce changement de rythme indispensable n’est pas encore enclenché.

  1. La nécessité d’un engagement fort à tous les niveaux

Pour y arriver il faut une action politique vigoureuse à tous les niveaux et en premier lieu au niveau international : celle qui serait engagée au niveau des territoires ne serait en effet d’aucune utilité sans un engagement ferme des états à l’échelle planétaire.

A la COP25 prévue en Espagne, chaque pays va donc devoir hausser ses engagements et on peut observer à cet égard qu’il existe une véritable dynamique. Ainsi 64 pays viennent de se rassembler au sein d’une coalition pour y parvenir. Il s’agit pour chacun des pays qui souscrivent à l’accord d’assumer une responsabilité politique forte face à l’enjeu. Dans cette perspective, certains pays exercent un rôle de leadership et Macron est à cet égard dans la posture adéquate lorsqu’il trace des perspectives ambitieuses à court ou moyen terme.

Le 2ème niveau est évidemment celui de l’Europe. L’Union Européenne constitue un niveau très pertinent pour l’action et une institution en mesure de définir et de porter un vrai projet politique et un programme d’action efficace à l’échelle de son vaste territoire. Ainsi, l’engagement pris par la Banque Européenne d’Investissement, de ne plus financer les projets se rapportant aux énergies fossiles (extraction, transport…) à partir de 2021 et d’affecter 50% des crédits aux autres énergies, constitue une avancée considérable.

Le 3ème niveau est celui des Etats. La France a pris du retard par rapport aux engagements pris lors de la COP21 concernant les objectifs de bas carbone. Un certain nombre de secteurs sont plus concernés que d’autres avec des augmentations de l’empreinte carbone au lieu de la diminution prévue dans les objectifs : les mobilités, le secteur de la construction, l’agriculture et l’alimentation…

Il appartient aux politiques de fixer des objectifs ambitieux à moyen terme dans chaque domaine à l’exemple de celui de la disparition des véhicules fonctionnant à l’énergie fossile d’ici 2040. Pour y parvenir, il faudra proposer les moyens d’accompagnement qui seront indispensables dans le cadre des reconversions qui seront nécessaires dans les secteurs concernés (automobile) avec les conséquences qui en découleront du point de vue de l’outil industriel et de l’emploi.

Le 4ème niveau est celui des Régions qui peuvent initier, soutenir et coordonner à des échelles appropriées les projets en adéquation avec  l’économie circulaire, les politiques de mobilités correspondants à leurs spécificités territoriales…etc.

Le dernier niveau est celui des communes et des intercommunalités. A trois mois des élections municipales, la période est évidemment très favorable pour peser sur les priorités et sur les programmes que proposent les élus qui seront choisis pour conduire les politiques qui seront menées au cours du prochain mandat. On sait en effet que l’écologie constitue désormais pour 85% des français, la 1ère priorité de l’action municipale.

Les citoyens sont donc appelés à participer à un vrai concours d’intelligence entre les candidats pour les contraindre à s’engager fermement sur les priorités de leur futur mandat.

Plutôt que le repli sur soi, il existe encore une chance de pouvoir faire le chemin qui évitera l’effondrement. Cette transition sera difficile et exigeante mais il est possible d’y arriver.

2 Les conditions et les outils pour l’action 

2-1) Ecologie et solidarité

La mise en place d’une vraie politique écologique est indissociable des enjeux de solidarité et de justice sociale qui devront obligatoirement l’accompagner. L’action des « Gilets jaunes » à la fin de 2018[1], a mis en évidence la nécessité de pallier en permanence certains impacts négatifs de politiques vertueuses du point de vue écologique sur les catégories sociales les plus défavorisées ou les sentiments d’injustice qu’elles sont susceptibles de susciter.

Ainsi les mesures d’accompagnement existantes comme le chèque énergie (4000€ d’aide pour les catégories les plus défavorisées[2]) ou les aides à la rénovation énergétique des bâtiments permettent de réduire les inégalités. Pour accroître leur efficacité et aller beaucoup plus vite dans les plans de rénovation énergétique, au lieu de les dispenser sous la forme de crédits d’impôts (que certains ne toucheront pas ou qui nécessitent une avance de fonds quelquefois difficiles pour certains foyers), il serait indispensable de faire l’avance de la totalité des crédits nécessaires aux travaux compensé grâce aux économies réalisées sur la consommation d’énergie.

2-2) Investir plus dans l’écologie

La règle budgétaire de 3% de déficit maximum imposée par l’Europe est pénalisante dans la situation d’urgence actuelle. Pour atteindre les objectifs de la COP21, il manque environ 15 Mds€/an d’investissement en France. Celui-ci représente au total environ 42Mds/an et il faudrait 15 à 20 Mds€ de plus répartis moitié/moitié entre le public et le privé.

Il faudrait commencer par 7Mds€/an, ce qui ne représenterait que 0,2% du PIB. La situation dégradée de la planète appelle en effet à amplifier et à accélérer ces investissements en changeant de rythme. Par ailleurs, il faudrait un véritable Plan Marshall affecté aux collectivités locales.

2-3) Changer les règles du commerce international

Les  débats européens concernant les accords du CETA et du Mercosur mettent bien en évidence les difficultés que les relations commerciales entre l’Europe et certains pays du continent américain créent pour respecter certaines normes environnementales que l’Europe s’impose par ailleurs pour ses propres productions (soja avec l’usage de pesticides, viande produite avec des aliments OGM…). Si le CETA est d’ores et déjà approuvé en entrainant un risque sur certains produits comme les farines animales, le Mercosur en revanche a été pour l’instant mis en « stand-by » par la France sous le prétexte des excès du Brésil dans la déforestation de l’Amazonie.

Ces accords sont établis pour l’instant sans tenir aucun compte du respect des règles en lien avec la transition écologique alors qu’il faudrait dans un souci de cohérence et pour les rendre efficaces dans cette transition, faire en sorte que tous les accords commerciaux soient établis dans le respect des clauses essentielles de la COP21. Il appartient donc à l’Europe de bloquer ou de remettre en cause tous les accords existants pour les mettre en adéquation avec l’enjeu climatique.

2-4) Etablir une meilleure justice fiscale et sociale

Les Gilets jaunes avaient non sans raison mis en évidence l’injustice fondamentale que constituait le sort fait à de nombreux salariés défavorisés des zones périphériques ou rurales auxquels on imposait une taxe sur les carburants renchérissant le coût de leurs déplacements quotidiens, alors que les voyageurs souvent privilégiés prenant l’avion pour leurs déplacements bénéficiaient au contraire de l’exemption de la TVA sur leurs billets et de la non taxation du kérosène.

De ce point de vue, la petite éco-contribution de 1,50€ qui s’impose désormais à ces voyageurs en classe économique (c’est plus élevé en classe affaires) grâce à la France, constitue une avancée importante même si elle est pour l’instant très modeste (200 millions € pour la France). Mais c’est un début.

D’une manière générale, la fiscalité écologique[3] a toujours été mal comprise jusqu’à présent dans la mesure où elle a souvent considérée comme punitive en pénalisant les plus défavorisés sans compensation. Elle ne sera possible à l’avenir que s’il y a une redistribution de la somme collectée vers les plus précaires. Cela a toujours été la préconisation de Nicolas Hulot et de Matthieu Orphelin.

2-5) Retisser le lien entre les politiques et les citoyens

Les citoyens revendiquent de plus en plus de participer aux décisions qui doivent transformer leurs modes de vie alors que la jeunesse mondiale se mobilise de son côté pour que les états s’engagent de manière plus volontariste dans la transition écologique. La contribution des uns et des autres est très précieuse pour que ces décisions soient comprises et acceptées. D’ailleurs, les citoyens sont le plus souvent en avance sur les politiques dans ce domaine et leur pression apportera donc le plus souvent un effet positif.

La Conférence des citoyens pour le climat qui siège en ce moment et qui s’apprête à faire ses propositions, devrait permettre de générer une nouvelle ambition pour le climat et un changement d’échelle dans les actions qui seront menées. Macron s’est en effet engagé à prendre en compte les préconisations de cette conférence.

2-6) Lutter contre le gaspillage

Le gaspillage des ressources naturelles est colossal. Le seul remède possible, consiste à généraliser l’économie circulaire avec l’objectif de la durabilité et de la « réparabilité » de tous les produits manufacturés, de leur recyclage en fin de vie pour la réutilisation des ressources permettant leur renouvellement ou la fabrication de nouveaux produits. Le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire préconisait que l’indice de réparabilité serait effectif en 2021 et que l’indice de durabilité le serait en 2024. L’échéance très proche de ces dates buttoirs montre l’urgence de l’adaptation, voire de la mutation des modèles de production.

Dans ce nouveau schéma, il est fait appel à la responsabilisation de tous les acteurs de la chaine de production et de la consommation.

2-7) Agriculture et alimentation

Dans ce secteur très sensible, l’objectif doit consister à rendre le consommateur plus responsable et à l’accompagner pour lui permettre de procéder aux meilleurs choix dans ses achats de produits. Il ne doit pas être l’otage permanent de la guerre des prix qui constitue le seul guide de la grande distribution. Par ailleurs, il y a lieu de réduire et même si possible de supprimer le gaspillage scandaleux dans les circuits alimentaires (15 Mds€/an).

Ainsi, plutôt que d’acheter des produits fabriqués à bas coûts dans des conditions inacceptables à l’autre bout du monde (salaires de misère, pollution et gaspillage…), il doit favoriser les circuits courts et les produits de qualité « écoresponsables ».

Conclusion

Il y a une urgence politique pour un engagement plus ambitieux de la France dans la transition écologique que l’état de la planète rend impérative. Cette transition doit elle-même devenir de plus en plus ambitieuse en raison de l’accélération des changements en cours et de l’effondrement de la biodiversité.

Notre pays ne représente certes que 1% de la production mondiale et en raison du faible poids que celle-ci représente, on pourrait être amenés à baisser les bras en raison du faible impact d’une action même importante de notre pays. Il est évident que l’action de la Chine par exemple est plus déterminante que la nôtre. Mais comme le colibri de la fable, il faut au moins faire notre part du travail. Mais ce n’est pas suffisant, il faut en effet faire beaucoup plus que notre part si on veut circonscrire la menace et sauver la planète.


[1] La taxation du carburant pour les diesels qui avait déclenché le mouvement, pénalisait en priorité les salariés des zones périphériques et rurales et aux revenus souvent modestes, contraints de faire quotidiennement des trajets importants pour leur travail.

[2] Il existe 7 millions de « passoires « et de « précaires énergétiques » en France

[3][3] Le récent épisode concernant le maintien de la niche fiscale dont bénéficie Total pour importer massivement de l’huile de palme d’Indonésie où on assiste par ailleurs à des déforestations massives pour permettre l’extension de cette production, démontre la puissance de certains lobbys pour permettre à certaines grandes entreprises de s’affranchir de leurs responsabilités environnementales. Cet exemple est encore plus choquant lorsque l’on sait que cette huile de palme sert d’adjuvant pour fabriquer des carburants pour notre parc automobile et que l’entreprise a réalisé 3 Mds € de bénéfice au cours du dernier trimestre.

En transition

  1.   La transition vers un monde nouveau

Au cours de précédentes réunions, le club a travaillé sur l’état des lieux global de la planète et l’urgence climatique. Il a été mis en évidence la nécessité d’un changement radical de comportement des humains dans un laps de temps très court si on veut éviter la fin de l’humanité. Mais en regard de l’urgence, il apparaît que ce changement de comportement ne sera pas facile à faire accepter et qu’il y a lieu de trouver des solutions qui rendent l’inversion nécessaire des valeurs, supportable et acceptable par la grande majorité des citoyens et des états du monde.

Dans la société actuelle, la course à l’accumulation de richesses et de biens constitue la valeur considérée comme essentielle par les citoyens sans considération des dommages causés à l’environnement. Comment est-il possible de faire rapidement une transition vers une nouvelle société solidaire et écologique, respectueuse des capacités de la planète?. Cette transition constitue effet la condition indispensable à la survie de l’humanité.

  2. Les racines d’« En Transition »

Pour introduire cette réflexion, il a été fait appel à Mickaël Poiroux de l’association En Transition très engagée concrètement dans cette transition. Elle procède en effet à la collecte des expérimentations de solutions alternatives et à la promotion d’actions visant à modifier la perception et le comportement des citoyens face à l’urgence climatique et à les accompagner dans cette démarche. Cette association fait partie d’un vaste réseau mondial d’initiatives dont la finalité consiste à trouver des solutions pour essayer de rompre avec l’usage de toute énergie d’origine fossile qui constitue la principale cause des dérèglements climatiques. 

C’est un professeur d’écologie anglais du nom de Rob Hopkins qui a été à l’origine de la création de ce réseau après avoir fait le constat que les ressources en pétrole de la planète allaient s’épuiser au cours du 21ème siècle et que de toute manière, il fallait laisser 80% des ressources répertoriées là où elles sont pour éviter l’accélération des dégradations climatiques. Installé en Cornouailles anglaises, il a participé à l’élaboration d’un plan visant à réduire la consommation d’énergie à l’échelle d’une ville et impliquant l’ensemble des citoyens, ce qui a constitué une 1ère expérimentation d’une ville en transition. A partir de cet exemple, il s’est créé un effet boule de neige à l’origine du mouvement des villes en transition. Ce mouvement s’est fait beaucoup connaître à partir du sommet alternatif en marge de la COP15 de Copenhague en 2009.

En France, qui jusque-là se faisait plutôt remarquer dans la contestation écologique, l’introduction de la psychologie dans la réflexion (par Sophie Banks auprès de Rob Hopkins), a permis que s’élabore une nouvelle approche dans la manière d’accompagner les changements de comportements des citoyens. Un premier collectif pour une transition citoyenne s’est créé à Cluny en 2013 qui a organisé la création d’une Journée de la Transition avec l’ensemble des acteurs alternatifs, puis la Fête des Possibles où sont présentées l’ensemble des initiatives de solutions alternatives existantes dans tous les domaines. En parallèle, un autre mouvement qui est né au Pays Basque et qui s’est appelé Alternatiba, a eu pour vocation la démonstration de l’efficacité de ces solutions alternatives dans le cadre de la préparation de la COP21 à Paris.

Au niveau local, il s’est également mis en place un collectif qui a permis que s’organise en 2014, une fête de la transition au lycée du Fresnes puis Alternatiloire en 2015 au cours de laquelle ont pu être présentées les expériences menées dans un certain nombre de villes et de villages. Eu égard aux enjeux et à l’urgence de l’action, il n’y a eu aucune difficulté à réunir ces différents collectifs pour les faire travailler ensemble autour de la problématique fondamentale du moment : on sait que c’est la fin d’un monde et qu’un monde nouveau doit se mettre en place si on veut éviter la fin de l’humanité, mais on ne sait pas comment on va passer de l’un à l’autre.

  3) Pourquoi « En Transition »

Pour mener la transition permettant de passer d’un monde à l’autre, les travaux de la psychologie basés sur le deuil, fournissent quelques clefs pour avancer, les deux démarches étant quelque peu comparables. D’un côté il s’agit du deuil à faire sur les habitudes de la vie que l’on menait avec la personne disparue et de repenser sa vie différemment, de l’autre il s’agit du même parcours à faire mais cette fois il s’agit des habitudes de vie se rapportant au monde que l’on doit quitter et où tout est basé sur l’utilisation des énergies fossiles, pour repenser sa vie dans le futur monde nouveau « décarboné ». Plusieurs étapes doivent être franchies : le choc, le déni, la colère, le marchandage des accords… et ce au niveau de chaque personne individuelle et au niveau collectif.

Il y a donc lieu de travailler à ce que l’on doit faire à partir de maintenant avec une alternative à trouver entre deux extrêmes : la fin cataclysmique de l’humanité ou au contraire la poursuite de la dynamique actuelle poussée à son paroxysme en n’excluant pas  l’idée d’évasion sur Mars ou une autre planète… Il est probable que la réalité du monde nouveau à créer se situe entre ces deux extrêmes. Il faut donc travailler collectivement sur un nouvel imaginaire en faisant usage de la tête pour comprendre ce qui se passe, du cœur pour rendre la nouvelle vie intéressante, la main pour se mettre en action.

De ce point de vue, le concept de résilience qui représente la capacité d’un individu ou d’une société à absorber un choc et de continuer à vivre, est très utile. La société doit s’interroger sur les choix écologiques et sociaux qui s’imposent et trouver collectivement des solutions pour résister et pour absorber les changements qui s’imposent.

Pour cela il faut :

  • repartir de la base
  • créer des liens au niveau local
  • travailler sur un avenir qui impose la « décarbonation » de nos modes de vie et de production de biens

Le bilan de la COP21

 

 Préambule

 Depuis quelques années déjà, le club a mis en place une veille technologique se rapportant au changement climatique et à toutes les conséquences qui en résultent pour la sauvegarde de la planète. A l’occasion de la COP21 qui s’est tenue à Paris à partir de la fin du mois de novembre 2015, il s’est de nouveau penché sur ce thème à la fois pour en comprendre les enjeux mais également pour tenter, avec ses faibles moyens, d’apporter sa contribution à la prise de conscience générale qui est indispensable pour déclencher le sursaut salvateur qui permettre peut-être de sauver l’essentiel et de ne pas assister impuissants à l’inexorable fin programmée de notre planète. Au-delà des enjeux même de la COP21 et des accords qui ont été actés à Paris, sa réflexion a porté sur deux aspects essentiels des actions à engager sans tarder.

Dans un 1er temps, le club a examiné, avec le concours de Bruno Parmentier, ancien directeur de l’ESA, consultant et conférencier, expert dans le domaine de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Faim, l’importance de l’agriculture et de l’alimentation en regard des perspectives démographiques et climatiques d’ici 2050. Cette réflexion a démontré l’urgence des changements de comportements des citoyens pour adapter leur consommation aux capacités de production agricole de la planète et en parallèle les modifications considérables que l’agriculture elle-même doit apporter à ses méthodes de production pour les rendre plus respectueuses de la nature.

Puis, en partant de la nécessité pour chaque territoire d’engager résolument la bataille visant à atteindre les objectifs de la COP21, le club s’est efforcé de mieux comprendre le rôle incontournable et essentiel des collectivités territoriales pour y parvenir. Pour ce faire, avec le concours de Vincent Dulong conseiller municipal d’Angers depuis 2001, il s’est appuyé sur l’exemple du territoire angevin pour détecter les actions déterminantes et les cohérences à respecter ; cette réflexion permet également d’établir un premier bilan de la nouvelle gouvernance engagée depuis le printemps 2014, en la comparant avec celle qui précédait et en regard des enjeux de la COP21.

C’est Pierre Pérès, membre du club, qui a analysé l’ensemble des données se rapportant aux travaux du GIEC et de la COP21. Dans une 1ère partie du rapport, il est procédé à l’analyse de  l’ensemble des données qui démontrent l’urgence des changements qui sont indispensables pour éviter la catastrophe annoncée et pour assurer la survie de l’humanité. Puis on reviendra sur les résultats effectifs de la COP 21 avec les engagements des états présents mais aussi les difficultés qui restent à surmonter pour que cette conférence soit suivie d’effets.

 Introduction

 La prise de conscience du changement climatique a commencé dans les années 1980, avec une acuité qui n’a cessé de croître[1]. En 1988, le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Etudes du Climat) a été créé par l’ONU et il a produit 5 rapports de 1990 à 2013. Les experts ont observé que la terre se réchauffait (0,89°C depuis 1900 avec des singularités comme par exemple 4 degrés en hiver en Alaska qui se réchauffe 2 fois plus vite). La 1ère conséquence en est la fonte des glaces partout dans le monde et particulièrement au pôle Nord (la perte de glace au Groenland est passée de 128 à 223 milliards de m3 par an, la banquise arctique permanente a perdu 40% de sa surface depuis 1978). Deuxième conséquence, la mer monte, certes de 20 cm seulement depuis 1850, mais il y a accélération du phénomène. Il ne fait plus de doute aujourd’hui que ce réchauffement est dû à l’effet de serre dont une part importante vient des gaz à effet de serre (GES) que l’homme rejette dans l’atmosphère en raison de l’ensemble de ses activités.

Nous allons tenter d’expliquer quelques éléments du climat de la terre, de préciser les missions, la composition et le rôle du GIEC, de comprendre les COP (conférence des parties) et d’où vient l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C. En nous appuyant sur le 5ème rapport du GIEC, nous allons aussi voir quelles sont les conséquences du climat modifié dans le monde et en France. Enfin nous terminerons par les raisons qu’il y a d’espérer en l’avenir après la COP21 et les défis à relever y compris au niveau local.

 

  1. Bien comprendre la gravité de la situation

    • Le climat

C’est quoi l’effet de serre ?

L’effet de serre : le soleil réchauffe la terre avec une puissance de 340 W/m². Environ 100 W/m2 sont réfléchis, il reste donc 240 W/m2. C’est ce que l’on nomme le forçage radiatif qui sert de base pour déterminer le réchauffement. La terre réémet des rayons infrarouges vers l’espace qui sont absorbés en partie par les gaz à effet de serre. La température moyenne de la terre est de 14°C, sans les gaz à effet de serre elle serait de -18°C. Les gaz à effet de serre (le gaz carbonique CO2, la vapeur d’eau, l’ozone, le méthane CH4 et le protoxyde d’azote N2O) sont donc indispensables.

Le climat est variable selon les époques: ainsi dans une période relativement récente nous avons connu une forte activité du soleil (12ème siècle) et une faible activité (18ème siècle) avec le réchauffement et le refroidissement associés. De même, nous avons connu une année sans soleil dont la cause a été l’éruption du volcan Tom-bora en Indonésie en 1816. Mais depuis 1750, nous mesurons une augmentation régulière de la température moyenne de la terre avec des records de température pour les 20 dernières années. Ce réchauffement est attribué à l’effet de serre car la concentration des gaz a beaucoup augmenté à cause de l’activité humaine.

Si on prend le CO2 : on émettait au début du 20ème siècle 2 GT/an, en 1960 10 GT/an et 38,5bGT/an en 2012. Ceci est dû à 88% aux combustibles fossiles, à 7% à la déforestation et à 5% à la production de ciment. Près de la moitié de ce CO2 est restée dans l’atmosphère, le reste a été absorbé par la végétation et les océans. La concentration dans l’atmosphère a atteint des niveaux jamais atteints depuis 800000 ans. Quant au méthane, nous émettons +240% depuis 250 ans.
Les gaz à effet de serre n’ont pas tous le même effet. Si nous prenons le CO2 comme référence, 1 kg de méthane équivaut à 24 kg de CO2, 1kg de N2O à 310 kg de CO2  et 1 kg de CFC à 5 à 10 T de CO2. Selon la quantité émise et leur pouvoir d’effet de serre, on peut calculer leur contribution relative à l’effet de serre en équivalent CO2 :

– le CO2 pour 37 GT CO2eq
           – le CH4 pour 7,8 GT CO2eq
           – le N2O pour 3,1 GT CO2eq
Les activités humaines sont la cause essentielle de l’augmentation des gaz à effet de serre. Selon les modèles utilisés, les climatologues en sont sûrs à 95% aujourd’hui.

 

Evolution de l’émission des GES

Le rôle des océans.

Les océans jouent également un grand rôle dans le climat. Ils absorbent une partie du CO2 émis, leur concentration en carbone augmente (ils stockent une partie importante du carbone sur la terre) mais ils se réchauffent également avec une très grande inertie. Il existe des courants importants dans les océans qui sont dus aux différences de température et de salinité. Ainsi, l’eau douce et froide du Groenland alimente le courant qui s’enfonce dans l’Océan Atlantique-Ouest, se réchauffe à l’équateur et remonte le long de nos côtes pour les réchauffer, c’est le Gulf Stream. Il en existe également dans le pacifique qui ont fait parler d’eux : El Niño et La Niña.

Dit autrement, cela signifie que lorsque l’on dit limitation du réchauffement à 2°C de la température moyenne de la terre en 2100, la terre continuera à se réchauffer au 22ème siècle et mettra ensuite un ou plusieurs milliers d’années à se refroidir. Les gaz déjà émis dans l’atmosphère aujourd’hui déterminent le climat en 2050 quoi qu’on fasse. 

            L’Arctique et l’Antarctique jouent un grand rôle.

Au Nord, la banquise est constituée de mer gelée, salée. Lorsqu’elle fond, cela n’a pas d’effet sur le niveau des mers, contrairement à l’inlandsis, les glaciers d’eau douce qui se trouvent essentiellement au Nord sur le Groenland et au Sud sur l’Antarctique. Sur ce continent, l’épaisseur moyenne du glacier atteint 1,6 km (avec des pointes jusqu’à 3,5 km) et constitue 70 % des réserves d’eau douce de la planète. S’il fondait, ce qui n’est pas envisagé, le niveau des mers monterait de plus de 60m. Mais certains scientifiques envisagent dans les siècles à venir, la fonte complète de l’inlandsis du Groenland.

La montée du niveau de la mer est due à plusieurs phénomènes : la dilatation des océans pour 40 %, la fonte des glaciers de montagne pour 25 %, la fonte de l’inlandsis pour 20 % et à la diminution de l’eau stockée sur les continents pour 15 %.

Le climat est modifié :

La température moyenne de la planète a augmenté de 0,8°C entre la période 1850-1900 et la période 2003-2012 et nous aurons +0,5°C d’ici 2035 à cause des gaz à effet de serre déjà émis. Il y a des variations importantes d’une région à l’autre et d’une saison à l’autre : en Afrique, c’est plus chaud au Sahel que sous les tropiques ; en Europe et en Amérique, les hivers au Nord seront plus chauds ainsi que les étés au Sud. En Asie, le centre, le Nord et le Tibet seront plus chauds et au pôle Nord, on prévoit jusqu’à +10°C selon les modèles. Les précipitations seront plus importantes au Nord de l’Europe et moins importantes autour de la Méditerranée, au Sahel et au Moyen Orient.

Les catastrophes climatiques seront en augmentation en nombre et en intensité.

  • Le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’évolution du Climat) ou IPCC (Intergovernemental Panel on Climate Change).

Il fait suite au lancement en 1979 du Programme de Recherche Mondial sur le Climat. Le GIEC a été créé en 1988 pour « faire travailler ensemble des milliers de chercheurs de disciplines variées pour expertiser l’information scientifique, technique et socio-économique qui concerne le risque de changement climatique provoqué par l’Homme. Il devra produire un rapport de synthèse compréhensible par les politiques qui devra être adopté par les délégués politiques de 170 pays à l’unanimité ».

Le GIEC est composé de  membres scientifiques reconnus et répartis en trois groupes. Le premier groupe travaille sur les éléments scientifiques du changement climatique. Le deuxième étudie les conséquences (impacts, adaptation et vulnérabilité) et le troisième étudie les mesures d’atténuation. Les rapports successifs du GIEC confirment à chaque fois avec de plus en plus de certitude que le réchauffement de la Terre est dû à la quantité croissante de gaz à effet de serre émis par l’Homme. Les critiques ont été virulentes en France, en particulier par Claude Allègre[2] et Vincent Courtillot. Les doutes que C. Allègre a introduits dans l’esprit des français tendent aujourd’hui  à s’atténuer. Le GIEC compile de plus en plus d’articles et de publications et son autorité n’est presque plus contestée. Dans son dernier rapport, il affirme que la montée des températures est due à l’activité humaine avec une certitude de 95 %. Il n’y a pas de preuve formelle, seulement des modèles climatiques qui déduisent qu’un doublement du CO2 émis donnerait une augmentation de température de 3°C (revue Nature 2014).

Le GIEC a dans dernier rapport simplifié les scénarios. Il n’en existe plus que quatre : l’optimiste qui prévoit une augmentation du forçage radiatif de +2,6 W/m² en 2100 (en 2011 on était déjà à +2,3 W/m²), les moyens à +4,5 W/m² et +6 W/m² et le fort à +8,5 W/m².

Le système climatique a beaucoup d’inertie : si le niveau de la mer augmente de 1 à 2m avec la  limitation de l’augmentation de la température à 2°C en 2100, et si ce réchauffement se maintenait ensuite, le niveau final dans quelques centaines d’années sera de +7m ! Quoi qu’on fasse, l’effet de serre va augmenter car un cinquième des émissions d’aujourd’hui va rester dans l’atmosphère plus de 1000 ans.

2015 est l’année de tous les possibles. L’objectif de limitation de l’augmentation de la température à 2°C en 2100 impose un total cumulé de 2900 GT CO2eq dont les deux tiers sont déjà émis. Il « reste » donc 1000 GT CO2eq soit moins de 30 ans au rythme actuel. Jusqu’à aujourd’hui on émet toujours plus !

  • Les Conférences des Parties (COP)

En 1992, les engagements de RIO constituent le premier accord pour le climat.

La Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été signée par 194 pays. L’objectif est de « stabiliser les émissions de gaz à effet de serre à un niveau qui empêche toute perturbation dangereuse du système climatique« . Les pays doivent « faire les adaptations dans des délais convenables pour permettre l’adaptation des écosystèmes et qui ne présentent pas de menace sur la production alimentaire« .

Quels sont les enjeux des négociations ? Les experts du GIEC sont catégoriques : pour stabiliser la quantité de CO2 dans l’atmosphère, il faut limiter les rejets à 10 GT CO2eq/an. Or en 1990 nous émettions 22 GT CO2eq/an et 37 GT CO2eq/an en 2013.

Chaque année se tient une COP. La COP3 (3ème du nom) s’est tenue à Kyoto en 1997 qui a donné lieu au protocole de Kyoto. Il prévoyait une baisse de 5 % de l’émission des gaz à effet de serre sur la période 2008-2012 par rapport à 1990. Les réductions n’étaient contraignantes que pour les pays développés pollueurs. Il a été signé par plus de 100 pays représentant plus de 55 % des gaz à effet de serre, mais il n’a pas été signé par les USA ni le Canada, grands pollueurs. Les objectifs de l’accord de Kyoto n’ont pas été atteints : de 1990 à 2010, nous avons émis +30 % de gaz à effet de serre (La France -17 %[3], les USA +8 %, l’UE -20 % et la Chine +176 %). Depuis les pays en développement ont atteint les niveaux moyens des pays développés : La Chine par exemple émet 8 t/an/habitant, autant que la France et dans la moyenne mondiale.

Les COP suivantes : c’est à Bali en 2007 qu’apparaît la limitation de l’augmentation de la température à 2°C par rapport à la période préindustrielle. A la COP15 de Copenhague en 2009 dont l’objectif était de mettre en place une phase 2013-2020 pour une limitation de l’augmentation de la température à 2°C, l’échec a été patent car il n’y a pas eu d’accord.

Les COP suivantes ont entériné l’objectif d’une limitation de l’augmentation de la température à 2°C et ont fixé la date butoir de 2015 pour mettre en place un accord ambitieux qui devra entrer en vigueur en 2020. La COP21, Paris Climat 2015 était donc déterminante pour engager enfin un processus volontariste et très ambitieux visant à contenir le niveau du changement climatique à un niveau acceptable pour la survie de l’humanité.

Emission de GES/habitant

Quelles sont les conséquences d’un réchauffement ?

Les spécialistes du GIEC s’attendent à cinq types de changement :

  • des systèmes uniques sont menacés tels que les glaces de la mer arctique et les récifs coralliens.
  • Il y aura une montée en puissance de fortes précipitations, de vagues de chaleur et d’inondations des zones côtières.
  • Des populations et des communautés seront désavantagées pour l’alimentation et pour l’eau.
  • Il y aura une perte accélérée de la biodiversité avec des effets économiques.
  • On peut s’attendre à des changements soudains et irréversibles de systèmes physiques ou d’écosystèmes.

Détaillons quelques points :

Les glaciers alpins ne subsisteront qu’au-dessus de 4000m d’altitude et les glaciers pyrénéens disparaîtront complètement d’ici 40 ans. La banquise d’été pourrait avoir disparu avant 2050. Quel avenir pour les 155 000 Inuits ?

La fonte de la banquise n’a pas d’effet sur le niveau des mers, mais la fonte de l’inlandsis du Groenland ferait monter le niveau des mers de 7m. Le GIEC évalue la montée du niveau des mers entre 50cm et 1m, mais d’autres climatologues dont ceux de l’administration du président Obama l’évalue à 2m en 2100. Il y aura au moins 250 millions de personnes concernées et comme les océans réagissent avec un temps de retard, si l’élévation de température est comprise entre 2 et 4°C, le Groenland pourrait être à nu d’ici quelques siècles avec une montée des eaux de +7m.

L’acidité croissante de la mer attaque les coraux qui sont très sensibles à la montée des températures : +3°C leur est fatal. L’océan indien a déjà perdu 90 % de ses coraux par endroit depuis 1950.

– Chaque degré entraîne une diminution de 20 % des ressources en eau douce avec des inégalités : les zones arides seront plus sèches et les zones tempérées plus arrosées tandis que les zones tropicales auraient des inondations plus fréquentes.

Les espèces migrent vers le Nord ou plus en altitude pour tenter de s’adapter.

Ce ne sont que des exemples car la liste est longue et il y a beaucoup d’incertitudes et d’explorations à mener.

Mais nous savons aussi que le climat nous réserve des surprises, pas toujours agréables. Il y a eu par le passé des variations brusques et fortes du climat.

  • L’Europe de l’Ouest a perdu de 2 à 5°C en moins d’un siècle il y a 8200 ans à la suite de la rupture d’un barrage glaciaire.
  • Et si le Gulf Stream s’arrêtait ? Le GIEC prévoit un ralentissement car l’écart de salinité entre les eaux du Nord et celles des tropiques s’accroit (+13 % entre 1950 et 2008)
  • Il y a d’énormes quantités de méthane prisonnier sous les mers ; peut-il s’échapper ?
  • De même le méthane emprisonné à -200m sous les mers froides pourrait s’échapper. Pour l’instant, les émissions sont faibles.
  • Le carbone dans les sols gelés (permafrost) s’échappe pour l’instant à un niveau non significatif, mais le GIEC prévoit une forte augmentation.
  • Comment se comporteront les puits de carbone (océans et végétation) ?

Il existe des spirales vicieuses : en 1997 en Indonésie, les feux de forêt ont rejeté ce que l’UE émet en un an. Sur ce point, il y a beaucoup de spéculations mais les phénomènes d’amplification sont possibles.

 

Et les impacts sur la société ? Globalement un réchauffement à 2°C serait bénéfique pour l’agriculture mondiale, au-delà c’est l’inverse. Mais il y aura des inégalités accrues selon les régions. L’industrie aussi sera impactée, notamment par la baisse des ressources en eau. Le tourisme devra s’adapter aux nouvelles conditions de manque de neige et de froid, aux fortes chaleurs en été… Les réfugiés climatiques seront de plus en plus nombreux, particulièrement parmi les populations les plus fragiles. L’augmentation de la population mondiale, la concentration urbaine associée à une déforestation croissante rendent de plus en plus coûteuses les catastrophes naturelles.

 

Et en France ?

Le réchauffement est observé par Météo France : +1°C en moyenne avec +1,1°C au Sud-Ouest et +0,7°C au Nord-Est, c’est plus que la moyenne mondiale. Depuis 50 ans la limite enneigée en montagne ne cesse de monter. Il est difficile de conclure sur les événements climatiques de type tempête ou sécheresse.

Quelle est la réaction des dirigeants ? En 1992, la Mission Interministérielle de l’Effet de Serre, suivie en 2001 par l’Observatoire National des Effets du Réchauffement Climatique et par la mise sur pied en 2010 du Programme National d’Adaptation au Changement Climatique.

Quel sera le climat en France ? Pour 2020-2050, le scénario est déjà écrit : on aura +0,6 à +1,3°C par rapport à la période de référence 1976-2005, avec +1,5 à +2°C pour le Sud Est.

Pour 2050-2100, selon les scénarios, on aura de +0,9 à +3,5°C en hiver et de +1,3 à +5,3°C en été.

Presque tous les étés seront plus chauds que 2003.

Le niveau des mers montera de +0,26 à +0,82 m par rapport à 2000.

Les paysages agricoles seront bouleversés, le Sud-Ouest sera en régression et la vigne sera au Nord de la France. La forêt sera plus vulnérable avec une croissance au début puis une décroissance ensuite. Le tourisme en montagne devra s’adapter.

 

Température moyenne en France selon Météo-France

 

En Anjou et dans les Pays de la Loire

  • L’objectif de la limitation de l’augmentation de la température à 2°C

Le réchauffement peut être limité si les nations, toutes les nations, le décident et mettent en œuvre des plans draconiens de « décarbonation », c’est à dire d’alternatives aux combustibles fossiles.

En 2010, les combustibles fossiles (gaz, charbon et pétrole) ont constitué 80 % des gaz à effet de serre. Les ressources conventionnelles (2600 GT CO2eq) et non conventionnelles (2700 GT CO2eq) dépassent largement les émissions totales à venir pour une limitation de l’augmentation de la température à 2°C. Ce qui veut dire qu’il ne faut pas attendre l’épuisement des ressources pour arrêter l’utilisation des combustibles fossiles. Le « pic oil » n’a plus de sens.

Les énergies renouvelables (solaire, vent, biomasse, géothermie et hydraulique) pourraient représenter, selon le GIEC, 50 % (électricité et chaleur) en étant raisonnable dans les estimations.

 

Nous l’avons vu, il ne faut pas émettre plus de 1000 GT CO2eq d’ici 2100. Ceci impose selon le GIEC de diviser par deux les émissions de 1990, ou par trois celles de 2020 et au-delà de 2050, d’avoir zéro émission !

Cet objectif semble intenable. A défaut d’un sursaut des pays les plus émetteurs on aura +25 % d’émission de gaz à effet de serre et on sera sur la trajectoire sans retour de +3°C en 2100. Pour les experts de l’Agence Internationale de l’Énergie (PNUE) c’est maintenant qu’il faut agir, sans attendre 2020. Chaque $ investi actuellement deviendra 4,3$ si on ne le fait pas. Ces experts disent que la limitation de l’augmentation de la température à 2°C est possible techniquement. La décennie actuelle est déterminante pour le climat, tous les pays doivent s’engager.

La lutte pour diminuer les émissions carbonées devra se faire dans tous les secteurs : production d’énergie électrique, production de chaleur industrielle et résidentielle, transport, agriculture et en changeant nos habitudes. Sur ce point, voici ce que dit Jean Jouzel : » Le changement de mode de vie nécessité est colossal. Les voyages, dans la mesure où ils restent des sources d’émissions de gaz à effet de serre, doivent devenir exceptionnels. D’une manière générale, toute activité non essentielle qui consomme beaucoup d’énergie, et notamment certains loisirs (Formule 1, aviation, moto etc.) devront être bannis. Les caddies devront être mis au régime sans carbone. Exit les produits exotiques qui ont pris l’avion : mangues, ananas, etc. Exit aussi les grosses quantités de viande bovine, l’élevage étant une source importante d’émission de méthane. Les emballages successifs, les sacs plastiques, les produits jetables, devront être supprimés. D’une manière générale, la chasse au gaspillage doit se généraliser. Réparer plutôt que jeter, laver plutôt qu’utiliser des produits à usage unique, récupérer. Toutes ces injonctions vous paraissent bien déprimantes ? Réinventer les sources de plaisir, revenir à des loisirs plus simples, plus locaux, exige des efforts. Mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? »

Quel que soit l’avenir il y aura réchauffement et changement climatique. Des plans d’adaptation ont été rédigés un peu partout dans le monde pour modérer ou atténuer les nuisances ou pour exploiter les opportunités.

 

  1. Le bilan de la COP21 : des raisons d’espérer

 

2-1) le bilan de la COP21

Alors qu’à Copenhague en 2009, la tentative de synthèse à partir des engagements souvent contradictoires proposés par chaque pays avait échoué, la méthode adoptée à Paris de fixer à 2° maximum et si possible 1,5° l’élévation acceptable de la planète, à partir d’un diagnostic partagé par l’ensemble des 195 nations présentes ainsi que les contributions volontaires de chacune de ces nations, a permis d’aboutir à un résultat positif :

– un accord global

– la création d’un fonds vert pour les pays du Sud

Cet accord global doit être mis en œuvre à partir de 2020. Il prévoit d’être révisé régulièrement pour permettre le réajustement des objectifs aux réalités constatées et peut-être aussi pour augmenter les ambitions du texte initial concernant ces objectifs. La 1ère révision aura lieu dès 2025 à partir d’une 1ère évaluation des actions engagées qui sera faite en 2023.

Il faut noter que le texte final de la COP21 n’a pas fait l’objet d’un vote formel des 195 nations présentes car on prenait ainsi le risque de nouvelles contestations de la part de pays dont l’économie repose essentiellement voire uniquement sur l’exportation d’énergies fossiles comme l’Arabie Saoudite. Celui-ci n’a été adopté que tacitement par absence de contestation en assemblée générale.

C’est une grande avancée car on permet ainsi d’assurer une continuité au protocole de Kyoto qui s’achève. Cependant, l’objectif fixé par le texte de ne pas dépasser 2° paraît difficile voire hors d’atteinte dès maintenant. Les experts estiment en effet que la quantité de CO2 déjà stockée dans l’atmosphère est telle que l’objectif de 1°5 est probablement d’ores et déjà dépassé et qu’en regard des quantités rejetées quotidiennement et pendant plusieurs années encore, l’objectif des 2° pourrait lui aussi ne pas être atteint.

La plupart d’entre eux considèrent que les tendances actuelles pourraient conduire cette élévation vers les 3°, ce qui serait catastrophique et ce qui situe aussi le niveau des défis à relever dans un contexte où les antagonismes entre les états en raison de la divergence entre les intérêts des uns et des autres, va susciter des oppositions sur les objectifs suivis.

Les ONG ont noté de nombreuses insuffisances au texte adopté :

– la place essentielle des énergies renouvelables évoquée seulement en annexe,

– l’occultation du nucléaire,

– l’arrêt total du recours aux énergies fossiles repoussé à 2050,

– l’absence de la création de la taxe carbone avec des bonus et malus qui auraient pu constituer un levier puissant pour réorienter les investissements vers de nouvelles énergies moins polluantes ou renouvelables. Cependant, certains pays européens en particulier vont quand même la mettre en place pour lancer le mouvement.

 

Voici quelques exemples parmi les contributions faites par les nations :

– La Chine

A lui seul, ce pays est responsable de 25% de la quantité de CO2 rejetée dans l’atmosphère et il s’engage à inverser le pic d’émission vers 2030. Ce pays dispose actuellement de 2500 centrales de production d’électricité au charbon et il prévoit la construction de 500 centrales supplémentaires d’ici 2030 (dont 40 centrales nucléaires) pour couvrir ses besoins, en plus de l’énergie renouvelable.

 – Les USA

Les USA  se sont engagés sur une réduction de 26 à 28% de la quantité de CO2 mais en prenant comme base 2005 (et non 1990), année où a été enregistré le pic maximum de production dans ce pays. C’est donc un engagement à minima, pourtant déjà contesté et susceptible d’être remis en cause par le parti des Républicains s’il remporte les élections présidentielles en 2016. En même temps qu’il s’engage sur cet objectif, ce pays vient d’un côté d’autoriser l’extraction du pétrole en Alaska et de l’autre, de refuser la construction d’un pipe-line destiné à transporter les schistes bitumineux extraits au Canada vers les raffineries du Sud… Ces engagements sont donc fragiles…

 – La Russie

La Russie, gros producteur, consommateur et exportateur d’énergies fossiles, s’est engagée sur une réduction de 25 à 30% d’ici 2030 (sur les bases de 1990). Cependant, elle tient compte dans son estimation du surcroît d’absorption de CO2 en rapport avec l’extension de sa forêt (qui représente déjà 25% de la forêt mondiale) sur des terres « réchauffées » en Sibérie, ce qui est légitime. En fait, dans ce pays, il n’y aura pas de changement significatif dans la politique suivie actuellement.

 – La Suisse

La Suisse s’est engagée sur une réduction de 50% des émissions d’ici 2030 sur la base de 1990. La moitié de cet engagement repose sur du crédit-carbone.

 – L’Europe

La contribution de l’Europe est une réduction de 40%  par rapport à 1990. Une telle exigence pourtant réelle et ambitieuse, est cependant insuffisante en regard de l’objectif de la COP21.

 – Iles du Pacifique

Ces iles, dont la survie est d’ores et déjà en jeu, s’engagent sur une autonomie énergétique sans énergie fossile, d’ici 2025.

 

2-2) Que faut-il en penser ? Y a-t-il des raisons d’être optimistes après la COP21 ?

« Le futur a changé de direction le 12 décembre à Paris » a déclaré Pierre Radanne. On peut imaginer la situation qui serait née d’un échec de la COP21 et donc considérer qu’un accord même imparfait vaut toujours mieux que pas d’accord du tout.

Alors que l’opinion publique mondiale est de plus en plus sensibilisée et qu’elle pousse les états à s’investir pour changer les modèles existants, il était impératif d’aboutir, l’hypothèse d’un échec étant inimaginable. La COP21 n’est pas un aboutissement mais une base qui permet d’avancer sur un chemin qui sera très long et difficile à parcourir. Il faut maintenant espérer qu’une nouvelle dynamique va naître de la volonté qui a été exprimée par l’ensemble des états de la planète d’impulser un nouveau modèle de développement et aussi faire confiance aux changements de mentalité qui vont s’opérer à tous les niveaux. On peut en particulier espérer que le nouveau contexte qui va se mettre en place après la COP21 aura pour effet d’inverser l’attirance des investisseurs vers les énergies fossiles pour les orienter vers les énergies renouvelables. L’annonce de la fin des énergies fossiles à moyen terme, fragilise en effet la rentabilité des nouveaux investissements qui pourraient être réalisés dans un domaine considéré désormais comme précaire et non durable.

Un exemple significatif permet à cet égard de nourrir l’optimisme : ainsi, un projet d’ouverture de mine de charbon à ciel ouvert en Australie, initié à la demande de producteurs d’énergie originaires de l’Inde et pourtant autorisé par l’Etat australien, ne va probablement pas pouvoir se faire par manque d’investisseurs. Les investissements prévus étaient très importants  pour permettre l’acheminement du charbon vers l’Inde qui est un gros consommateur et qui n’envisage pas pour l’instant de remettre en cause son modèle de développement basé sur une énergie bon marché.

Dans le même temps, on entrevoit la possibilité de permettre à l’Afrique d’accéder à l’énergie solaire sur l’ensemble de son territoire, à partir d’investissements dont le montant est presque dérisoire en regard des résultats que l’on peut en espérer : une croissance durable à deux chiffres avec des effets vertueux multiples (autonomie alimentaire, élévation générale du niveau de l’éducation, fixation de la population, maîtrise de la démographie…).

Comment l’accord de la COP21 doit-il se traduire au niveau local ?

Dans un rapport séparé, nous avons déjà montré l’importance de l’engagement des collectivités territoriales dans la lutte contre le réchauffement climatique et la protection des ressources naturelles, à partir de l’exemple du territoire angevin. Celui-ci a engagé une action continue en faveur du Développement Durable depuis deux décennies mais il semble aujourd’hui que certaines orientations fondamentales soient en train d’être infléchies dans un sens moins favorable.. Nous en rappelons l’essentiel :

 

3-1) La nécessité pour chaque territoire de définir une vision qui lui est propre

Si les décisions au niveau des états sont indispensables pour lancer le mouvement, c’est cependant bien au niveau de chaque territoire que les objectifs de la COP21 doivent pour l’essentiel être atteints en tenant compte de la spécificité et des ressources de chacun d’entre eux. Ce sont donc les collectivités territoriales qui doivent impulser et piloter les politiques à engager et sensibiliser les populations concernées pour les inciter à changer leurs modes de vie. Au-delà de la pédagogie nécessaire qui permettra de créer la dynamique indispensable, elles doivent aussi faire preuve d’imagination pour que les citoyens deviennent acteurs des changements nécessaires.

3-2) Le projet de développement du territoire angevin

ALM vient d’approuver à l’unanimité le nouveau PLUI (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal) qui s’appliquera à l’ensemble du territoire couvert par le SCoT, lui-même révisé. Les nouveaux documents ont repris l’ensemble des options déjà largement approuvées dans le passé, les seuls changements se rapportant à la mise en conformité par rapport à la loi Grenelle 2 et aux nouvelles orientations décidées par une nouvelle majorité en place depuis 2014 (opération Cœur de Maine, tracé de la 2ème  ligne de tramway…).

Les options du PLUI sont dans leur formulation générale en parfaite adéquation avec les orientations de la COP21 : structuration du territoire par des polarités secondaires, mixité sociale, fin de l’étalement urbain et priorité donnée à la restructuration urbaine, densification urbaine et limitation des surfaces des parcelles pour l’habitat individuel, forte protection des zones naturelles et attention portée à l’amélioration de la biodiversité

3-3) Agriculture

Si la protection rigoureuse des espaces naturels prévue dans le PLUI est favorable à l’agriculture périurbaine, en revanche, ALM n’a pas engagé de moyens spécifiques importants pour inciter les agriculteurs à s’engager dans des modes de production plus vertueux. Des initiatives ont été prises par les agriculteurs eux-mêmes pour inciter la profession à la mise en place de ce qui est appelée l’agriculture raisonnée, moins polluante et moins consommatrice de chimie ainsi que pour lancer quelques marchés fermiers qui constituent l’amorce de circuits courts. Mais ce n’est qu’un premier pas et il faut aller plus loin.

Les incitations doivent donc être plus fortes pour créer les conditions permettant d’augmenter de  manière significative des modes de production plus vertueux en adéquation avec la COP21 (agriculture biologique, permaculture…), d’organiser plus massivement les circuits courts producteurs-consommateurs, d’éviter le gaspillage des produits alimentaires, et aussi pourquoi pas de favoriser la création de fermes urbaines.

De même, bon nombre d’espaces libres dans certains quartiers d’habitat social pourraient utilement être transformés en jardins de proximité pour la production de légumes sous des formes qui peuvent par ailleurs favoriser le lien social.

3-4) Habitat

Ce secteur représente 30% environ de l’énergie consommée au niveau de l’agglomération.

Au niveau du parc d’habitat social, on peut dire que l’action d’ALM s’avère positive pour soutenir l’action des bailleurs sociaux en vue d’améliorer l’efficacité énergétique du parc de logements (30% du parc total) avec pour effet la réduction significative de la facture énergétique pour les locataires et de surcroît l’amorce d’une filière bois locale pour le chauffage (énergie renouvelable).

En revanche, beaucoup reste à faire pour l’ensemble du parc privé (70%). Le rôle d’ALM doit être pédagogique et incitatif pour impulser une dynamique plus vigoureuse permettant de démultiplier l’engagement des propriétaires privés. Il lui revient donc de sensibiliser les citoyens à investir dans l’isolation de leur logement en utilisant des moyens pédagogiques appropriés (exemple de la thermographie), de les informer sur les solutions techniques possibles et les coûts. ALM  se doit aussi d’aider les citoyens volontaires ou les copropriétaires à monter les dossiers pour obtenir les aides de l’Etat ainsi que les aides qu’ALM pourrait consentir sous conditions de ressources afin de créer un effet de levier encore plus important à l’exemple de ce qui avait été fait pour le ravalement. ALM, en plus d’un fonds d’aide significatif (10M€/an ?) pourrait donc être à l’initiative d’une agence de conseil publique (ou dans le cadre d’une DSP) qui pourrait organiser cette sensibilisation et constituer un outil efficace d’aide aux demandeurs.

3-5) Transports

Les transports et les déplacements (40% de l’énergie consommée sur le territoire) représentent un secteur où les options à prendre par ALM sont fondamentales pour espérer réduire de manière significative la consommation d’énergie et les émissions de GES.

Si les options affirmées dans les documents d’urbanisme et le Plan de Déplacements Urbains (PDU) sont à cet égard en adéquation avec les objectifs recherchés (structuration du territoire pour réduire les déplacements, priorité aux TC et aux modes doux…), on peut cependant s’interroger sur les décisions prises au niveau de la ville d’Angers et d’ALM qui semblent en contradiction avec les options du PDU et qui rompent avec les politiques mises en œuvre depuis deux décennies :

  • la 1ère heure gratuite de stationnement en centre-ville, ce qui constitue un signal incitant à venir en centre-ville en voiture au détriment des TC, contraire aux objectifs annoncés
  • la suppression de la ligne de crédit dédiée au Plan Vélo
  • le tracé de la 2ème ligne de tramway évitant le pôle multimodal de la gare et du nouveau pôle tertiaire en cours de réalisation, ce qui le rend probablement moins efficace …

Par ailleurs, au niveau de la Région qui est compétente en matière de transports, la nouvelle majorité élue dans les Pays de la Loire, affirme sans ambiguïté une priorité donnée dans ses investissements à la réalisation de nouvelles infrastructures routières (nouveau Pont sur la Loire, liaisons routières avec ND des Landes…), ce qui ne pourra se faire qu’au détriment du transport ferroviaire (développement des TER) qui avait constitué la priorité de la précédente majorité.

3-6) Energie

Les objectifs de la COP21 conduisent inévitablement à investir massivement pour la mise en place d’énergies renouvelables. A cet égard, la création de chaufferies bois avec une impulsion forte donnée par la ville d’Angers et ALM, a permis l’amorce d’une filière spécifique au niveau local ; encore faudrait-il vérifier la provenance de la ressource et que le transport de bois depuis les pays de l’Est voire du Canada, ne conduit pas à un résultat en eq/CO2 pire que la situation antérieure.

En revanche, ces deux collectivités n’ont jusqu’à présent manifesté aucune intention ou une quelconque volonté d’engagement dans d’autres énergies renouvelables (éolien, solaire…) alors que d’autres pays situés bien plus au Nord obtiennent des résultats significatifs avec un ensoleillement moins important que le nôtre.

3-7) Déchets

L’échec de Biopole et la situation actuelle consistant à transporter les déchets à Lasse pour y être incinérés ne peut être pérenne. Quelle que soit la solution technique qui sera choisie pour l’avenir, il est certain que celle-ci devra avoir pour objectifs incontournables :

  • le recyclage et la valorisation du maximum de déchets (objectif de 80% à San Francisco) dans une approche d’économie locale circulaire
  • le tri en amont pour permettre ce recyclage

 

  1. Quelles sont les initiatives citoyennes qui peuvent utilement impulser les actions ou les nouveaux comportements induits par la COP21 ?

Au-delà des orientations politiques décidées par les assemblées territoriales, rien ne sera possible sans un changement radical du comportement des citoyens eux-mêmes.

4-1) En matière de déplacement

Il appartient à chacun d’avoir un comportement vertueux en faveur des TC ou un mode doux.

4-2) La méthanisation et la production de compost au niveau individuel

Aujourd’hui ce procédé a été choisi par ALM au niveau d’équipements collectifs importants avec succès à l’usine de traitement des eaux usées de la Baumette (traitement des boues) et avec un échec à Biopole pour les déchets ménagers.

Ce procédé peut encore être développé grâce la généralisation des composteurs individuels pour transformer les matières organiques produits dans chaque foyer (déchets de cuisine, déchets végétaux de jardin) en compost, ce qui nécessite de procéder à des mélanges pour parvenir à des résultats. Mais ce procédé ne trouve son maximum d’efficacité que dans des installations collectives qui permettent également en plus du compost, de produire de l’énergie à partir du méthane à l’exemple des éleveurs de porcs.

4-3) Le développement des circuits courts

L’objectif consiste à réduire drastiquement le transport des produits de consommation en faisant en sorte que les citoyens se reportent pour l’essentiel sur des denrées ou des marchandises produites localement.       

4-4) La réduction des emballages en amont

Comme pour l’énergie, l’emballage le plus économique à collecter et à recycler est celui que l’on n’a pas besoin d’utiliser. Il y a donc lieu de favoriser au maximum les distributeurs qui proposent des marchandises en vrac

4-5) La sensibilisation et l’éducation

On sait que les comportements vertueux ne seront possibles qu’au terme d’efforts importants de sensibilisation du public aux enjeux environnementaux et que par l’élévation du niveau général de l’éducation de l’ensemble des citoyens.

Ainsi chacun doit s’interroger sur la nécessité de faire systématiquement des voyages d’agrément très longs une fois ou plusieurs fois dans l’année, ce qui conduit comme on le sait à des prévisions colossales d’augmentation du trafic aérien dans les décennies à venir. Quoi qu’il en soit, il ne serait pas illégitime de considérer que cette possibilité qui est offerte de voyager sans contrainte dans tous les coins de la planète, puisse être compensée par une contribution à la reforestation de cette planète sous la forme d’un supplément lors de l’achat des billets.

De même, en est-il de la 2ème voiture à domicile alors qu’une organisation plus rationnelle des déplacements effectués combinée avec l’usage des TC, permettrait facilement de s’en passer.

Qu’en est-il du gaspillage des vêtements que l’on ne porte que très peu de temps en lien avec les modes du moment et qui sont « jetés » au bout de quelques mois seulement alors qu’en amont ils représentent toute une chaîne de production et de distribution qui aura consommé beaucoup de ressources et nécessité beaucoup d’énergie pour la production et les transports?…etc.

5-5) La « sobriété heureuse »

Il faut noter qu’un peu partout sur la planète, de nombreux citoyens n’ont pas attendu la COP21 pour lancer des initiatives tous azimuts dont un certain nombre ont été rapportées dans un film « Demain » réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent.

Ce film démontre la capacité des citoyens à innover et à mettre en placer des solutions bien adaptées à leur territoire, entraînant des changements fondamentaux de comportement et modifiant en profondeur le cours des choses pour consommer différemment, pour organiser des circuits courts ou pour recycler au maximum. Le fait le plus notable est que le plus souvent ces solutions ne nuisent en rien à la recherche du bonheur individuel et collectif et qu’elles apportent même un surcroît de lien social à travers la mise en place d’actions collectives débattues et conçues au terme de débats collectifs transparents et sans enjeux de pouvoir.

On peut rappeler ici brièvement quelques idées de comportements et d’initiatives qui ont été évoquées dans ce film :

ACTIONS INDIVIDUELLES

  • Manger bio et peu de viande
  • Opter pour un fournisseur d’énergie renouvelable
  • Acheter dans des commerces locaux et indépendants
  • Changer de banque
  • Réduire, réparer, recycler, partager…

ACTIONS COLLECTIVES

  • Transformer son quartier, son village, sa ville en potager
  • Créer une coopérative citoyenne de production d’énergie renouvelable
  • Créer une monnaie complémentaire (locale, d’entreprise, de temps…)
  • Monter une école alternative
  • Reprendre le pouvoir dans sa ville

ACTIONS POLITIQUES

  • Réorienter les subventions agricoles pour la reconversion de l’agriculture vers le bio, l’agro écologie, la permaculture
  • Basculer la fiscalité du travail vers le carbone
  • Libérer la création monétaire
  • Créer une 2ème chambre avec des citoyens tirés au sort
  • Intégrer l’étude de la pédagogie et la formation in situ dans les cursus des enseignants

Conclusion

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » ; cette courte phrase prononcée par Jacques Chirac, président de la République française, en ouverture du discours qu’il fit devant l’assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre le 2 septembre 2002 à Johannesburg, conserve malheureusement la même acuité près de 15 ans après. Tout un chacun aura déjà pu constater que les décisions prises à la COP21 ne seront mises en œuvre qu’à partir de 2020 comme si le temps ne nous était pas compté !

Les indicateurs du changement climatique sont toujours plus que jamais orientés à la hausse et les gros états pollueurs et générateurs des gaz à effet de serre restent d’une grande timidité pour engager les efforts nécessaires. L’horizon de 2050 pour atteindre des objectifs ambitieux pour contenir les effets du changement climatique sous peine de voir la planète devenir inhospitalière pour une grande partie de la population mondiale, est très proche. La disparition de l’espèce humaine devient malheureusement un scénario plausible à un horizon de quelques siècles.

La COP21 a tiré une sonnette d’alarme et fixé un cap pour sauver cette planète si mal en point mais pour l’heure rien n’est acquis. Les états sont englués dans des enjeux de pouvoir de court terme et se montrent frileux pour prendre les décisions radicales qui s’imposent et dont beaucoup remettent en cause des intérêts particuliers à court terme. L’enterrement de la taxe carbone en France a constitué un bel exemple d’une volonté politique mise en échec et non suivie d’effets. De même, beaucoup de collectivités territoriales regardent ailleurs et l’exemple angevin est à cet égard inquiétant.

C’est le modèle de développement actuel basé sur la consommation de carbone et la croissance infinie qu’il s’agit de remplacer ! Rien de moins ! C’est désormais le défi qui est lancé à l’humanité toute entière sans enlever à chaque citoyen sa recherche légitime de bonheur individuel et collectif.

 
   

[1] La plupart des informations de cette synthèse sont tirés du livre de Jean Jouzel, climatologue, vice-président du groupe scientifique du GIEC et Anne Debroise, « Le défi climatique, objectif : 2°C » (éditions Dunod 2014)  et du rapport du GIEC.

 

[2] Claude Allègre est géophysicien et pas climatologue. Sa réfutation des conclusions du GIEC résultait essentiellement de la contestation des modèles utilisés pour établir les prévisions. Quant à Vincent Courtillot également géophysicien, ses incursions dans la climatologie ont été vivement contestées avec même des accusations de conflit d’intérêts.

[3] Si cette diminution résulte en partie des mesures mises en place pour réduire l’émission des GES, elle est aussi à corréler avec la désindustrialisation de notre pays en lien avec le développement de la Chine