L’Islam : facteur de violence ou de paix ?

Introduction

Les récents attentats en France et plus largement en Europe ainsi qu’au Moyen-Orient, en Afrique… remettent au cœur du débat la question de la nature même de l’Islam. D’aucuns considèrent en effet que cette religion serait incompatible avec le modèle démocratique français basé sur la laïcité, alors qu’à l’inverse beaucoup de croyants et de pratiquants musulmans n’éprouvent aucune difficulté à s’intégrer dans le vivre-ensemble. Si on considère comme musulmans les 3 ou 4 millions de personnes se disant telles et/ou ayant des origines dans des pays où l’islam est la religion dominante, ils sont très divers par leur provenance, leur statut social, les courants auxquels ils se rattachent, leur degré d’adhésion (de l’intégriste au « musulmans athée »).

Le débat ouvert au sein du club à partir de l’exposé de Cécile Parent sur les origines de cette religion, les éléments essentiels qui en constituent les fondements, les antagonismes doctrinaux qui l’ont traversée depuis la mort du Prophète… n’a pas levé toutes les ambiguïtés.

D’ailleurs, les intellectuels eux-mêmes sont loin d’être d’accord sur les origines de la violence prônée par certaines factions de l’Islam : religieuses pour certains et faisant partie par essence de la doctrine elle-même, sociologiques et historiques pour d’autres, la religion ne servant qu’à procurer un habillage identitaire à ceux qui se radicalisent et rallient le djihadisme… A défaut de pouvoir répondre avec certitude à cette question, peut-être faut-il néanmoins, à l’échelle de notre pays, tenter de comprendre les facteurs qui poussent certains vers le fondamentalisme et la radicalisation, ne serait-ce que pour tenter de conjurer ce qui ressemble aujourd’hui à une montée inexorable de la violence d’origine islamiste. L’enjeu est fondamental car il s’agit en effet d’éviter certains raccourcis qui poussent à l’amalgame et à la montée de l’islamophobie et à des tentations communautaristes qui pourraient porter un coup fatal à notre modèle de vivre ensemble déjà fortement mis à mal par la perte de sens de la société et le repli sur soi de beaucoup de citoyens.

Après un bref rappel de ce que représente le mot « djihad » dans l’Islam et les interprétations diverses qui permettent toutes les dérives, nous avons essayé d’analyser les causes de la montée de la radicalisation en France et à Angers à partir des réflexions menées par Marc Andrault en particulier. Puis, nous avons préconisé quelques propositions de nature à conjurer la tentation djihadiste qui semble se propager dans une partie de la jeunesse.

1)Le djihad

Étymologiquement, la racine du mot « jihad » (ou « djihâd ») en arabe signifie « effort ». Le jihad ou djihad, est un devoir religieux pour les musulmans. En arabe, ce terme, par extension du mot « effort », peut également signifier « lutte » ou « résistance », voire « guerre menée au nom d’un idéal religieux ». Le mot  est employé à plusieurs reprises dans le Coran, souvent dans une expression idiomatique qui peut se traduire par « lutter avec vos biens et vos âmes ». Ainsi, le jihad est souvent défini par l’expression « faites un effort dans le chemin de Dieu ».

Le concept de jihad a varié au cours du temps et, parfois, ses interprétations successives ont été en concurrence. Le jihad est parfois considéré comme le sixième pilier de l’islam par une minorité au sein du sunnisme bien qu’il n’en ait pas le statut officiel. L’islam compte quatre types de jihad : par le cœur, par la langue, par la main et par l’épée. Le jihad par le cœur invite les musulmans à « combattre afin de s’améliorer ou d’améliorer la société ». Le jihad peut aussi être interprété comme une lutte spirituelle, dans le cadre du soufisme par exemple, mais aussi armée. Cette dernière interprétation a pu servir d’argument à différents groupes musulmans à travers l’histoire pour promouvoir des actions contre les « infidèles » ou d’autres groupes musulmans considérés comme opposants et révoltés.

Dans le Dictionnaire du Coran (Laffont 2007), Marie-Thérèse Urvoy traite des notions de guerre et de paix selon la charia. Selon ses investigations : «  Les fondateurs des écoles juridiques ont eu des opinions différentes concernant les relations entre les deux domaines. C’est al-Shâfi’î (767-820) qui, le premier, a exposé la doctrine selon laquelle le djihad doit être une guerre permanente contre les non-croyants et non pas seulement lorsque ceux-ci entrent en conflit avec l’islam. Il se fonde sur ce verset : « Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. ». Lorsque la situation du monde musulman s’est modifiée à partir du IX/Xème siècle, des oulémas ont affirmé que la charia n’obligeait pas à s’acquitter du devoir du jihad, sauf si le domaine de l’islam était menacé par des forces étrangères. Le Hanbalite intransigeant Ibn Taymiyya lui-même a proclamé que les musulmans ne doivent pas imposer l’islam par la force aux non-musulmans, si ceux-ci n’empiètent pas sur le dâr al-islâm. Il faut noter enfin que pour nombre de tendances chiites, le jihad offensif est interdit jusqu’à l’avènement du Mahdi.

Lors de sa conférence, Cécile Parent avait rappelé combien le Coran avait été donné ou créé dans un contexte particulier dans lequel le Prophète était un homme du désert et des caravanes au VIIème siècle, un chef de tribu et un chef de guerre, un chef politique doté d’un harem correspondant à son rang, un chef d’État amené à organiser juridiquement et politiquement une communauté pré-étatique. Pour cette raison, tous les versets du Coran (et encore moins les hadith) ne sont pas à mettre sur le même plan. Beaucoup de versets se réfèrent à un cadre culturel et historique complètement dépassé, celui de l’avènement de l’Islam ; il n’y a pas lieu de les abroger mais de les situer dans leur contexte. D’autant plus que les extrémistes islamistes se servent aujourd’hui de certains versets du Coran et des hadith pour justifier les pires des crimes, en abrogeant les versets les plus ouverts et les plus tolérants au profit des versets les plus guerriers. Sur 6236 versets, 70 versets appellent à la violence, dont 25 à la tuerie; c’est trop de toutes façons ; mais cela représente 1/60ème du Coran.

Cela étant, le doute n’a jamais été totalement levé selon l’obédience de l’Islam à laquelle on se rattache et que cette religion offre la possibilité à ceux qui le souhaitent, de verser dans la violence contre les « infidèles » et de justifier toutes leurs exactions au nom d’Allah.

2)Les causes sociales et économiques de la violence d’origine musulmane en France

  • Le diagnostic sur les difficultés de l’intégration des musulmans en France

Alors que des intellectuels ou des politiques s’accusent réciproquement, y compris au sein de la gauche, d’être dupes ou intolérants, de sacrifier la laïcité ou d’enfoncer une population déjà objet de discriminations, il faut admettre à la fois qu’au plan international l’islam politique est une menace pour les démocraties, qu’en France la plupart des musulmans, y compris chez les plus attachés à leurs croyances, acceptent la démocratie (la visibilité de certains dans l’espace public peut même signifier paradoxalement qu’ils s’y sentent chez eux), que l’intégrisme et le communautarisme se renforcent chez une minorité (50 000). Ceux qui nous intéressent ici sont les quelques centaines (dont quelques dizaines de filles), qui ont réalisé ou préparent des attentats sur le territoire français ou la participation à des guerres destinées à établir un pouvoir islamique.

Les discriminations peuvent expliquer en partie cette violence. Pour une partie de l’opinion, « les musulmans » ne sont pas seulement considérés comme un ensemble à la fois homogène et différent par ses croyances et ses pratiques, ils sont associés par amalgame à toutes les minorités désignées par des mots auxquelles les réminiscences des invasions, de la colonisation ou de la décolonisation, de la marginalisation confèrent une connotation négative : « immigrés » (la plupart ne le sont pas, Manuel Valls en est un), « étrangers » (la grosse majorité est française, pas Cécile de France), « arabes » (beaucoup sont d’une autre origine), banlieusard (le mot convient aux habitants de Neuilly, pas à ceux de Barbès). Plus étrange encore, ils sont parfois désignés par le mot « émigrés », lesté depuis la révolution d’une charge péjorative, alors que les exilés fiscaux sont des « expatriés ». Il ne faut pas exagérer cependant ce phénomène : considérer que le port du voile est « un problème pour vivre en société » n’est pas forcément une marque d’ « islamophobie », et un sondage publié le 4 juin sur le site Atlantico révèle que, parmi les Européens, c’est la population française qui a l’opinion la plus favorable des musulmans (à 76%, devant les Britanniques à 72%), et la manifestation du 11 janvier n’a pas été dirigée contre l’islam.

1-1)La laïcité et l’Islam

Le sentiment, justifié ou non, d’être l’objet de discriminations tient aussi à la législation et aux pratiques politiques. La loi de 1905 et la façon dont elle est appliquée sont beaucoup plus favorables aux catholiques, qu’il s’agisse de la « reconnaissance » symbolique ou du financement de « l’exercice du culte », théoriquement proscrits l’une et l’autre ; le 11 janvier, à la synagogue de Paris, ce sont les juifs que le président et le premier ministre ont semblé privilégier. L’interdiction à l’école des signes religieux « ostensibles », fondée sur la protection de la liberté individuelle contre la pression communautaire (une exigence souvent oubliée de la laïcité), est souvent vue comme celle « du port du voile à l’école publique » et le « blasphème », qui s’exerce contre toutes les croyances, comme une offense à l’égard des musulmans. Ce sentiment ne peut que s’accentuer lorsque certains proposent de prohiber le voile à l’université (où la pression sur la liberté de conscience n’est pas la même), dans toutes les associations recevant de jeunes enfants, aux mères accompagnant les sorties scolaires, ou d’avoir un menu unique dans les cantines, et cela au nom d’une « identité républicaine » qui exclut « l’assistance » ou le « renfermement communautariste », « réclame l’assimilation » (Sarkozy), c’est à dire le renoncement « à une société qui, profondément, n’est pas la nôtre » (Longuet). Dans le même ordre d’idées, « Les Républicains » reprochent aux nouveaux programmes d’histoire la part faite aux « religions venues d’ailleurs » et la  « révulsion si manifeste pour nos racines judéo-chrétiennes ».

image de laïcité
une illustration du concept de laïcité

1-2) Les discriminations sociales

Une bonne partie de la population concernée est en outre victime de discriminations sociales. Il y a (y compris à Angers) l’attribution de l’habitat à partir des origines, ce qui conduit à regrouper des musulmans dans certains quartiers éloignés de la ville et peu accueillants, les discriminations à l’emploi ou au logement, fondées souvent sur des préjugés qui associent à l’islam une apparence ou un prénom. Les plus jeunes considèrent que leurs parents ou grands-parents, qui eux avaient un emploi, se sont laissé exploiter. «  Quand tu es en France, explique la cinéaste Samai Chala, quand on te fait comprendre, matin, midi et soir, que tu n’es pas ici chez toi, que reste-t-il ? Le pays d’origine ? Tu n’y es pas plus chez toi qu’en France. Alors tu t’inventes ou tu te réinventes une identité : tu t’accroches à ce qui te reste, la religion, ta religion ». La situation familiale (père absent ou ayant perdu son autorité, dans le cas de Merah ou des frères Kouachi) peut  entraîner l’incapacité de se plier à des règles. La délinquance de droit commun a parfois précédé la violence religieuse, qui en devient alors une forme plus noble.

Il ne fait en effet aucun doute que les musulmans en général et peut-être plus particulièrement les maghrébins qui représentent la majorité d’entre eux, sont victimes de nombreuses discriminations par rapport au reste de la population : pratique religieuse très difficile par comparaison avec les religions catholique et juive, défaut de reconnaissance culturelle, éducation au rabais dans des quartiers difficiles, accès discriminatoire à l’habitat et à l’emploi (déjà rien que le nom sur un CV peut conduire à un rejet à priori)… Plus que toutes les autres catégories de la population, ils sont donc victimes de l’échec scolaire, du chômage… Beaucoup de jeunes qui décrochent du système scolaire sont dès lors tentés par la délinquance, ce qui peut les conduire vers la prison où certains d’entre eux peuvent être endoctrinés par des imams qui leur font miroiter le salut dans la violence du djihad.

Il existe indiscutablement une difficulté spécifique à l’intégration de la culture musulmane dans notre pays par rapport à celles qui l’ont précédée dans l’histoire de l’immigration. Même brillant et diplômé, la reconnaissance d’un diplômé issu de l’émigration comme citoyen français « normal » ne va pas de soi. Pour ce qui concerne la discrimination à l’embauche, dans notre Région des Pays de la Loire, il est probablement plus productif pour un jeune maghrébin diplômé en quête d’emploi, d’orienter ses recherches vers des régions comme le Mans plutôt que la Vendée pour des raisons qui paraissent évidentes.

1-3) L’école

Concernant le décrochage scolaire, il est difficile d’en connaître les véritables raisons. Pour les 1ères générations d’immigrés maghrébins, l’école était considérée comme la voie qui allait permettre aux enfants de bien s’intégrer dans la société en leur permettant d’accéder à des emplois de bon niveau et d’atteindre un niveau social plus élevé que celui de leurs parents (comme c’était d’ailleurs le cas à la même époque dans beaucoup de familles paysannes). Devant l’échec actuel, il est probable que ce sentiment n’est plus tout à fait le même, sauf peut-être pour les nouveaux arrivants qui ont encore l’espoir d’être intégrés par l’accès à la connaissance et grâce à cela, à l’emploi…

Les discriminations notées ci-dessus et quelquefois de l’incapacité des familles à apporter le soutien à leurs enfants dans le cursus scolaire peuvent conduire au découragement. Mais on sait que globalement l’école de la république tend malheureusement à reproduire les clivages sociaux existants et ne joue plus le rôle d’ascenseur social pour les catégories sociales défavorisées. Ainsi les élites de notre société proviennent à raison de 10% seulement des catégories sociales défavorisées et 80% des catégories sociales les plus élevées.

Cette situation est de nature à donner une image négative de l’école.

1-4) L’attrait du djihadisme

Mais la frustration due à des conditions familiales, sociales, nationales ne doit être exagérée ni comme réalité (les frères Kouachi ont été pris en charge et formés par la République) ni comme élément d’explication (un autre Kouachi l’a récusée pour ses frères et parmi les djihadistes récents certains, notamment des convertis, paraissaient intégrés). Les messages de ceux qui veulent recruter des terroristes et des djihadistes exacerbent une agressivité déjà manifeste ou latente en choisissant dans la doctrine et l’histoire ce qui leur convient : le monde occidental est l’empire du mal, la laïcité une forme d’impiété et la victoire du véritable islam (le leur), qui sera en même temps une revanche sur les humiliations et les échecs subis pendant des siècles et aujourd’hui encore, implique la violence. Ils les rassurent en leur proposant dans la religion une réponse à toutes les questions qu’ils se posent sur l’existence (l’islam dit tout ce qu’il faut faire ou penser).

Ils construisent ainsi leur imaginaire mais mettent également en avant des réalités : le culte de la consommation et l’individualisme de la société occidentale, l’indulgence manifestée par la « communauté internationale » à l’égard d’Israël, qui occupe illégalement une partie de la Cisjordanie et maltraite les habitants de Gaza (même si ces derniers subissent aussi des violences de la part de leurs dirigeants), les répressions successives de l’Iran du shah au président égyptien aujourd’hui, plus généralement une défense sélective des droits de l’homme. Ils jouent également sur des motivations plus substantielles et particulièrement efficaces sur les jeunes ayant des troubles psychologiques : le désir d’ailleurs (ceux qui ne vont pas au Proche-Orient se sont souvent formés en Afghanistan ou au Pakistan), la violence, le sexe (pas seulement au paradis), la fusion dans le groupe, l’instinct de mort parfois retourné contre soi. Avec les différences qu’exige l’adaptation à la « cible » (notamment la mise en scène de la violence), les études de motivation, les méthodes de manipulation et les canaux (notamment Internet) sont empruntés à la diabolique « société de consommation » et justifiés par la nécessité d’y faire contrepoids. Sous l’influence de ces guides, la revendication de la différence par l’apparence, sorte de défi qui accentuait le rejet, tend à être remplacée, y compris en prison, par une plus grande discrétion destinée à endormir la méfiance.

Il est facile alors de mettre en accusation le système scolaire qui n’a pas donné aux intéressés le niveau de connaissances permettant d’avoir un emploi ni l’esprit critique qui permet de résister à la propagande. Cette imputation est en partie fondée, notamment parce que le jeu conjugué de la carte scolaire et des possibilités de la détourner (il faut les connaître et vouloir les utiliser) renforce la ségrégation par l’habitat. Mais la déculturation est souvent antérieure et beaucoup de personnes d’origine musulmane reconnaissent qu’elles doivent à l’école de la République leur situation sociale mais aussi leur capacité de penser par elles-mêmes et de retrouver ainsi un des courants de leur religion.

1-5) Les questions de langage

Le diagnostic ci-dessus insiste sur ce point et démontre combien l’usage des mots peut pervertir le débat et conduire à faire des amalgames dangereux. Ainsi en est-il quand le maire de Nice évoque sans nuances « l’islamo-fascisme » ou la « 5ème colonne » de l’islamisme alors que par ailleurs sa conception de la laïcité le conduit à placer sa bonne ville de Nice sous la protection de la Vierge. A partir de raccourcis et d’amalgames dont le FN et LR sont coutumiers, on jette le discrédit sur des ensembles de populations pour les assimiler à des minorités violentes afin de les discriminer.

« Des religions venues d’ailleurs » pour désigner en particulier l’Islam, est un terme utilisé par la droite pour accréditer une idée fausse. Aucune grande religion n’a pris naissance en France. Par ailleurs, la prise en considération des seules religions judéo-chrétiennes dans notre héritage identitaire conduirait à nier l’importance qu’a pu revêtir dans l’histoire de l’Europe, la grande période où l’Islam a été présente en Andalousie de même qu’en Sicile, en y instaurant à cette époque une civilisation brillante sur le plan de la Science, des Arts et de la Culture, faite par ailleurs de tolérance et d’ouverture, très en avance sur la Chrétienté de l’époque qui était fermée et violente. On peut d’ailleurs supposer que la Renaissance doit beaucoup à l’influence de l’Islam andalou. Nier cet héritage est donc contraire à la vérité historique.

D’une manière plus générale, associer sans nuance dans des appellations de caractère général comme les émigrés, les nouveaux arrivants d’où qu’ils viennent aux enfants d’immigrés de la 2ème ou de la 3ème génération, est une imposture. Cette manière de faire permet de manière subtile d’accréditer l’idée du « grand remplacement » que certains extrémistes mettent en avant pour créer un climat de haine et de racisme contre l’ensemble des musulmans.

Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’existence de nouveaux flux incontrôlés vers l’Europe en provenance de l’Afrique, du Moyen-Orient, des Pays de l’Est et d’une manière générale de régions frappées par les guerres, la pauvreté et la famine, les changements climatiques… et devant lesquels on se sent pour l’instant démunis et en manque de solutions. C’est une situation qui apporte évidemment de l’eau au moulin de ceux qui prônent l’« immigration zéro » totalement irréaliste et qui serait d’ailleurs néfaste.

1-6) L’apport positif de l’immigration et l’évolution positive de la population musulmane

Les raccourcis du FN ou de NR expliquant que l’immigration en France conduit à la destruction de nos systèmes de protection sociale et à l’appauvrissement du pays, sont totalement dénués de fondement. Les flux migratoires ont toujours contribué à l’accroissement des richesses de notre pays car les immigrés sont à la fois producteurs de richesses, contributeurs fiscaux et aux systèmes de la solidarité nationale et consommateurs.

Tout récemment, c’est un montpelliérain issu de l’immigration qui a été désigné comme manager de l’année à l’échelle mondiale ; celui-ci a créé une entreprise du BTP qui est aujourd’hui capable de rivaliser avec les plus grandes. De même, la visibilité de citoyens issus de l’immigration est de plus en plus grande dans les CSP les plus élevées : médecins, avocats, enseignants, chercheurs…etc. sans oublier bien sûr le domaine sportif où leur représentation est particulièrement élevée.

Il n’y a plus aujourd’hui aucun domaine qui n’ait été investi avec succès par des citoyens issus de l’immigration et c’est quelque chose qui ne se dit pas assez ! On peut supposer qu’en quelques générations, cette intégration va encore progresser même s’il faut bien entendu apporter d’urgence des correctifs aux discriminations actuelles dont les conséquences sont graves.

A Angers, c’est un chef d’entreprise d’origine maghrébine qui a permis au SCO de retrouver la 1ère division et qui a rendu, peut-être plus que le maire de la cité lui-même, sa fierté à la ville après les dérives d’un président irresponsable!

3) La situation à Angers

3-1) Dans les quartiers sensibles

C’est à Monplaisir qu’il y a le plus d’immigrés d’origine musulmane (maghrébine et plus récemment africaine) donnant une image considérée comme négative du quartier. Et pourtant, la proportion réelle de cette population n’est que de 9%, le reste de la population étant constituée de bons « gaulois ». Il est vrai que cette population regroupée dans certains immeubles et qui a investi la place de l’Europe, est plus visible que d’autres, créant un sentiment d’insécurité dans certaines catégories de la population.

Ci-dessous Le marché de Monplaisir (Photo Ouest-France)

Le collège Jean Lurçat semble à la dérive ; il n’accueille plus que 200 élèves environ alors que sa capacité est de l’ordre de 1000 élèves. La Roseraie vient en second rang quant à la proportion de personnes issues de l’immigration. Lorsqu’on dit qu’il faut remettre des « blancs » dans ces quartiers, c’est donc une proposition qui n’a pas beaucoup de sens…

En revanche, il est à noter depuis le début de l’année 2015, quelques dérives qui s’avèrent inquiétantes et qui pourraient déboucher sur des affrontements graves et des violences incontrôlées :

– On assiste à des regroupements de jeunes de plus en plus visibles (avec certains provenant d’autres quartiers comme le Grand-Pigeon) et qui créent des attroupements y compris devant le poste de police. Ce type de situation pourrait à tout moment déboucher sur des violences à la moindre provocation. Cette réalité est également constatée à Belle-Beille où des jeunes d’une quinzaine d’années se retrouvent toujours dans le même secteur avec y compris quelquefois des armes blanches, avec l’intention affichée d’en découdre avec d’autres bandes en provenance d’autres quartiers. Ce sont eux aussi qui créent du désordre un peu partout et qui provoquent des agressions contre les chauffeurs de bus.

– Il y a aussi bien sûr la drogue mais ce ne sont pas forcément les mêmes. Ce type de «  business » requiert en effet le maximum de discrétion.

– Le « local jeunes » dont nous avions souligné le rôle important au cours d’une précédente réflexion, est également concerné. S’il continue à servir de lieu de brassage et de rencontre, sa fragilité est réelle et il subit comme les autres institutions du quartier, les coups de boutoir de certains jeunes.

– On assiste également à des rivalités de plus en plus évidentes entre maghrébins et noirs.

Les éducateurs de rue ne semblent plus avoir de prise sur ces jeunes décrochés du système scolaire et qui n’ayant plus rien à perdre, cherchent à déstabiliser toutes les institutions du quartier.

3-2) Un diagnostic globalement inquiétant

Le diagnostic global que l’on peut faire est donc plutôt inquiétant. Depuis longtemps déjà, le club n’a pas cessé de souligner la perte générale de sens dans la société française confrontée à une crise du « vivre ensemble ». L’année 2015, avec les évènements du mois de janvier qui ont servi de révélateur et ceux du mois de novembre qui ont encore mis un peu plus en évidence la montée de la violence terroriste en lien avec le fondamentalisme musulman et l’échec de l’intégration dans certains quartiers, pourrait être considérée comme celle du grand basculement. Alors que les enquêtes d’opinion révèlent que pourtant la France reste le pays qui accepte encore le mieux la présence de musulmans sur son sol, on assiste à une dérive des mentalités dans notre pays, dérive qui est attisée par la droite extrême et qui se diffuse lentement mais sûrement dans toutes les couches de la population.

Ce qui s’est passé il y a quelques mois dans un village de la Corse est très révélateur à cet égard : des parents d’élèves qui s’élèvent par des menaces contre des enseignants d’une école primaire qui proposaient qu’au cours de la kermesse de fin d’année, les enfants chantent la chanson Imagine de John Lennon en cinq langues différentes : le français, le corse, l’anglais, l’espagnol et l’arabe !

3-3) Des pistes pour l’action

La question est donc posée de savoir comment il est possible de réagir alors que les grandes institutions de la république ne semblent plus en mesure de jouer leur rôle d’intégrateurs. Au niveau angevin également, on constate que les outils traditionnels semblent être dans l’incapacité d’apporter une réponse satisfaisante.

  • Une question préalable : intégration ou assimilation ?

La guerre au Moyen-Orient a conduit des centaines de milliers de syriens à fuir leur pays avec l’espoir de trouver refuge dans un pays européen. On a pu constater en situation réelle les difficultés que soulèvent l’arrivée massive de populations démunies et aussi malheureusement l’égoïsme des nations européennes pour accueillir dignement ces populations. Dans de telles circonstances, on a pu quelquefois avoir honte quant à la manière dont notre pays, patrie des droits de l’homme et prompt à donner des leçons, avec de surcroît  à sa tête un gouvernement de gauche se réclamant ouvertement des valeurs humanistes universelles, a pu se comporter. Et il est malheureusement probable qu’il ne s’agit-là que d’une situation qui risque d’être modeste comparée à ce qui pourrait advenir demain, si avec les changements climatiques annoncés, des populations en provenance d’Afrique ou d’ailleurs, n’ont d’autre choix que celui de tenter l’aventure vers les pays du Nord.

Il est évidemment prématuré de tenter de répondre à cette question, le pire n’étant pas inéluctable. D’ores et déjà dans le présent, il y a urgence à répondre à une situation qui risque de s’aggraver et de détruire le fragile équilibre du vivre ensemble dans certains quartiers en particulier avec un risque accru de communautarisation et éventuellement de fondamentalisme identitaire conduisant à la violence. Cependant, il y a lieu de répondre à une question préalable sur le niveau d’intégration souhaité des populations qui sont déjà installées sur notre territoire et qui y connaissent certaines discriminations, ou celles qui sont appelées à s’y installer dans l’avenir pour une raison ou pour une autre et quelle que soit leur culture ou leur religion.

Il existe trois formes possibles pour l’accueil de ces’étrangers :

le multiculturalisme où les modes de vie sont importés de manière visible, ce qui crée les conditions pour un communautarisme généralisé

l’intégration qui stipule l’adhésion aux règles du pays d’accueil sans renoncer à sa culture

l’assimilation qui suppose l’adoption inconditionnelle de la culture du pays d’accueil

La tradition de notre pays a toujours été d’opter pour le modèle de l’intégration en nous enrichissant des apports culturels des vagues successives d’immigrés qu’à connue notre pays au cours de son histoire. D’ailleurs la nation française elle-même s’est constituée à partir de l’agrégation de territoires différents avec des langues et des cultures leur donnant une identité propre, ce qui constitue encore aujourd’hui une véritable richesse qui ne nuit pas à l’unité de l’ensemble.

L’assimilation à marche forcée prônée par la droite est donc tout à fait contraire à notre tradition. Le rapport publié par l’Institut Ethique et Politique Montalembert[1], sous la signature de Laurent Benoisey, intitulé « Vers une ville assimilative », est révélateur à cet égard. Cet institut se propose d’agir pour insuffler au cœur de la société des valeurs fondées sur le « droit naturel  » et l’humanisme chrétien dans le cadre socio-économique et politique, au moyen de publications d’études. A partir d’une analyse de la question des banlieues, il y est suggéré une méthode pour l’assimilation des populations issues de l’immigration, récusant toute autre forme pour l’accueil de ces populations et en particulier l’intégration qui leur permettrait de conserver des spécificités culturelles tout en adhérant aux valeurs de la société d’accueil et aux règles de fonctionnement de celle-ci. Ce rapport qui exprime des positions très droitières et proches de celles de « Les Républicains », est souvent d’une grande violence et sans nuance.

Il s’appuie sur un certain nombre de constats où on trouve tous les raccourcis habituels de la droite : l’« intégration » qui n’aboutit qu’à la production de l’exclusion, des fractures communautaires, du ressentiment, une immigration massive et mal maîtrisée, la crise identitaire de la France et enfin une géographie urbaine favorisant la désintégration identitaire.

                Toujours d’après ce rapport, la ville française est aujourd’hui multiculturelle, l’urbanisme et l’architecture de nature « soviétique » qui ont inspiré les formes urbaines n’apportent que laideur, anonymat, individualisme ; les individus peu qualifiés, les chômeurs, les bénéficiaires du RSA, les immigrés… y sont parqués.

L’atomisme social entraîne le communautarisme, ignoré ou non par les idéologues de gauche et les organismes de logement social (sous couvert de bonne foi intégratrice). Il s’en est suivi une « tribalisation » sociale et ethnique s’opposant à l’état de droit ; « territoires perdus de la république » ; la famille, l’école ne jouent plus leur rôle de régulateur social d’où une  « gangstérisation » des comportements.

Cette analyse sans complaisance et certainement excessive dans son expression, constitue cependant un diagnostic qui recèle une part de vérité. La politique inclusive de la ville a entraîné le déracinement culturel, l’exclusion, le chômage et parfois l’islamisme radical… De là à considérer qu’il s’agit du produit de l’humanisme « droit de l’hommiste » dont le résultat ne peut être que la destruction du lien social, il y a un pas à ne pas franchir. Quant à considérer que seule la générosité réelle permettant l’accueil de l’étranger serait à elle seule en mesure de résoudre les problèmes, on peut rêver et évidemment en douter[1]. Quoi qu’il en soit les propositions de cet Institut, qui rejoindraient celle des « LR », si par ailleurs ce parti ne se montrait pas si intransigeant dans ses comportements en matière de mixité sociale en particulier[2], sont radicales et très improbables tant elles relèvent de l’utopie et tant aussi elles sont inaccessibles sur le plan politique, économique et sociologique. On peut les résumer de la manière suivante :

Dispositifs d’assimilation ; la cité à réformer, re-formater, régler les zones de non-droit

Reconfiguration urbaine : destruction massive et reconstruction sur 4 niveaux maximum ; interdiction des paraboles, plan de numérisation des banlieues, plan urbain interactif homme-habitat

Reconfiguration de l’école et de l’environnement éducatif : retour aux fondamentaux[3]; réduction des effectifs ; surveillant disciplinaire dans chaque cours ; stage d’encadrement par l’armée pour les récalcitrants ; établissements de redressement…

Reconfiguration ethnique et sociale : réintroduction de personnes de race blanche dans les quartiers par incitation fiscale ou sociale ; lever les barrières juridiques pour mettre en place des statistiques ethniques

Si tout n’est pas à rejeter en bloc, on voit quand même quelles sont les idées qui inspirent cette panoplie d’outils.

Quelques pistes pour l’action

Pour établir un ensemble de propositions global et cohérent, il y aurait lieu de reprendre tous les secteurs de la vie sociale pour en analyser les blocages et analyser un certain nombre de propositions susceptibles de les lever.

Sans aller jusqu’à imaginer des solutions radicales telles que celles qui sont évoquées ci-dessus et à partir d’une évaluation de la politique de la ville telle qu’elle a été conduite jusqu’à présent avec ses limites, ses réussites et ses échecs, il y a déjà des enseignements à tirer pour la réhabilitation des quartiers. On est certains que s’il n’y a pas la volonté politique de modifier la composition sociologique de ces quartiers en y introduisant une plus grande diversité fonctionnelle et en forçant le rééquilibrage de la mixité sociale jusqu’à un certain point, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Eu égard aux coûts que représente dèjà une réhabilitation lourde comme dans le quartier de la Roseraie et aux obstacles auxquels se heurtent les gestionnaires de l’habitat social dans les quartiers concernés, le défi à surmonter est déjà très lourd.

Quant au travail de terrain au quotidien, on peut déjà ouvrir quelques pistes.

–              Dans la communication

De manière générale, l’ensemble des médias véhiculent en permanence les messages qui contribuent à renforcer dans l’opinion l’idée que l’immigration est en soi négative et qu’elle doit être stoppée. Ces messages sont démultipliés par le biais d’Internet.

Or, on sait au contraire que l’immigration contrôlée constitue un apport positif à notre société dans tous les domaines (démographie, économie, culture…) et qu’elle est encore plus indispensable aujourd’hui dans le cadre de la mondialisation. Il faut donc défendre cette idée, même s’il faut en effet apporter un bémol face à ce qui se passe actuellement avec l’arrivée massive et difficile à contrôler d’immigrants en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, l’exemple allemand étant très révélateur des risques encourus.

De même, il est extrêmement important de souligner combien l’immense majorité des musulmans en France exprime le souhait de s’intégrer dans notre modèle républicain et que beaucoup y parviennent très bien comme on l’a souligné ci-dessus. Tous les français musulmans issus de l’immigration ne sont pas des chômeurs, des trafiquants de drogue ni des djihadistes en puissance et il faut l’affirmer haut et fort pour faire contrepoids au discours dominant. A cet égard, il est essentiel de faire en sorte que la lecture du Coran et la pratique de l’Islam dans notre pays soient compatibles avec la laïcité qui constitue le ciment de la société et que ce ne soit pas des imams salafistes, wahhabites ou autres, formés ailleurs et étrangers à notre culture, qui dispensent l’enseignement du message de l’Islam dans les mosquées ou les écoles coraniques ; d’où l’importance de la création d’un corps d’imams recrutés et formés dans notre pays pour élaborer et diffuser un « Islam de France » en adéquation avec notre contexte culturel et social.

–              Le travail municipal et associatif

Notre club ne peut évidemment pas dicter à la municipalité la manière dont elle doit s’y prendre pour s’attaquer à l’ensemble des problèmes évoqués ci-dessus. Pour l’instant sa priorité a consisté à installer des caméras pour prévenir l’insécurité dans certains points de la ville, ce qui est bien dans la ligne défendue par les partis de droite.

Ses propositions d’organisation de la concertation dans les quartiers sont en train d’être mises en place mais il n’est pas certain qu’elle corresponde aux nouveaux besoins nés d’une situation nouvelle préoccupante et qui requiert vraisemblablement des réponses appropriées. Quoi qu’il en soit, dans ce domaine spécifique, la question centrale est de voir de quelle manière l’ensemble des acteurs concernés par les projets de quartier pourront être amenés à travailler ensemble au lieu d’agir chacun dans sa sphère…

On pourrait déjà suggérer l’existence d’un élu qui aurait en charge la médiation et le dialogue avec les jeunes livrés à eux-mêmes et plus largement la prise en charge du problème spécifique posés par le dialogue avec les musulmans dans les quartiers. Une telle visibilité serait de nature à réduire des situations de crise et à favoriser la recherche permanente de solutions pour tenter de surmonter les difficultés du terrain.

 

Peut-être faut-il aussi réactiver le Conseil des Etrangers qui existait sous la municipalité précédente et qui pourrait peut-être jouer un rôle important dans la situation actuelle. Quoi qu’il en soit, l’acceptation du vote des étrangers pour les municipales constituerait un message fort et positif pour la reconnaissance des populations issues de l’immigration.

Le parrainage de jeunes via certaines associations, l’aide aux devoirs, l’Ecole des Parents… il existe de multiples canaux pour mobiliser des citoyens volontaires pour apporter du soutien aux jeunes en particulier.

                Conclusion

                Il serait prétentieux de notre part de considérer que notre modeste travail de réflexion sur un thème aussi sensible que celui de la montée de la violence islamiste dans les quartiers, est exhaustif. Nous savons en effet que les experts et sociologues divers qui se penchent sur la question expriment des avis souvent divergents sur le diagnostic lui-même et forcément sur les solutions qui pourraient améliorer la situation à défaut de rétablir durablement l’harmonie dans nos quartiers.

                La résolution des problèmes posés par la montée du fondamentalisme islamiste dans certaines régions du monde en lien par ailleurs avec la déliquescence de notre système social miné par le chômage et les inégalités sociales, est en effet d’une complexité telle que personne ne peut prétendre être en mesure d’apporter « la » solution.

Il ne nous reste donc à notre échelle, qu’à lutter encore et toujours contre les « vieux démons » qui resurgissent encore et toujours (antisémitisme, racisme sous la forme de l’islamophobie…) et le fondamentalisme sous toutes ses formes.

Nous devons aussi créer les conditions qui sont nécessaires pour une véritable intégration de tous ceux qui ont choisi notre pays pour y vivre. En parallèle, il faut lutter inlassablement pour le maintien du bien le plus précieux dont nous avons bénéficié sans discontinuer depuis 70 ans : le vivre ensemble au sein d’une société de liberté et de démocratie, dotée d’un système de solidarité qui permet à chaque citoyen de ce pays et quels que soient son origine et son statut social, d’être reconnu et respecté.

[1] On peut à ce sujet se référer à la réaction des habitants du XVIème arrondissement de Paris, lorsqu’il a été question d’implanter près de chez eux en bordure du bois de Boulogne, un centre d’hébergement pour SDF. Dans cette situation, même la référence à l’humanisme chrétien auquel se réfère Montalembert et bon nombre des opposants, n’a pas suffi à convaincre ces riverains bien nantis !
[2] Les élus de ce parti qui dirigent certaines villes ou qui représentent des quartiers riches de Paris, sont les premiers à s’opposer à la construction de logements sociaux sur leurs territoires et sont des fervents partisans d’une autre forme de communautarisme consistant à ne pas mélanger les riches avec les pauvres.
[3] Retour aux bonnes vieilles méthodes en vigueur dans l’entre-deux-guerres. Dans cette panoplie, il ne manque plus que le bon vieux martinet !

L’Islam face aux défis de la modernité mondialisée

L’Islam face aux défis de la modernité mondialisée

 

Juin 2015

préambule
Présentation de l’Islam
 A) Présentation de l’Islam

1) Définition.
2) Les controverses qui ont divisé les Musulmans
3) L’Islam sous le choc de la modernité mondialisée
4) Les capacités d’adaptation de l’islam au monde moderne
Conclusion

 B) Questions autour de l’Islam

1) Précisions sur les expressions musulman-athée, arabo-musulman… 25
2) Qu’en est-il des droits de l’homme en terre d’Islam ? 27
3) L’Islam et la laïcité 29
4) Le communautarisme est-il en marche en France ?
5) L’enseignement du fait religieux
6) Le dialogue inter-religieux : l’exemple du CERDI à Angers

Préambule

Après l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 qui représentait l’exécution d’une « fatwa » proférée par des islamistes pour blasphème contre le prophète, puis celui de l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes dirigé contre les « sionistes », les manifestations massives qui ont suivi ont affirmé avec force le caractère laïque de la société française. Les citoyens ont également exprimé à cette occasion que dans notre pays, la liberté d’expression ne devrait jamais se soumettre à quelque restriction que ce soit y compris lorsqu’il s’agit d’exprimer des points de vue critiquant violemment les religions. Même si cette réaction ne visait pas les musulmans dans leur ensemble, il est cependant évident que ces évènements ont conduit beaucoup de citoyens français à s’interroger sur la compatibilité de l’Islam avec la laïcité qui constitue le socle de notre modèle de vivre ensemble.

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Qui sommes-nous?

image de laïcité
une illustration du concept de laïcité

Le club Décidés, créé en 2004, s’est donné pour vocation de mener une réflexion sur des grandes thématiques sociétales nationales et locales en essayant, lorsque le sujet s’y prêtait, d’analyser de quelle manière elles avaient un impact sur le « vivre ensemble » des habitants d’Angers et de son agglomération : la démocratie, la citoyenneté, la solidarité, la précarité, le vieillissement…C’est ainsi que le club s’est saisi de nombreux sujets en lien avec l’actualité de notre pays et quelques débats de fond menés à l’occasion des réformes structurelles menées au cours des dernières années : la politique de la santé, les politiques sociales, la laïcité, la démocratie participative, l’Europe, les lois bioéthiques, la réforme du code du travail, le changement climatique et ses conséquences sur le développement… La montée de l’islamisme radical, les attentat terroristes depuis 1995 ont en particulier suscité des interrogations de fond sur la meilleure manière de continuer à vivre ensemble dans un environnement fortement perturbé.
Ses membres, au nombre de 27 en ce début 2018, qui sont pour la plupart retraités, ont en commun de partager un certain nombre de valeurs humanistes rassemblées dans une charte constituant pour eux une référence commune. Ils sont encore pour la plupart d’entre eux engagés dans le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire, de l’Action Sociale ou dans la vie associative de quartier. Ils ont souhaité en créant ce club de réflexion, mettre en commun leur expérience de terrain pour tenter de comprendre les mécanismes de plus en plus complexes de la vie économique, politique et sociale. Cette réflexion leur permet d’améliorer leur propre action au sein des organisations auxquelles ils appartiennent et d’être en mesure d’élaborer des propositions concrètes dans un certain nombre de domaines au niveau de notre territoire de vie.
Le travail de recherche s’effectue à partir de l’expérience de terrain de chacun de ses membres, avec si nécessaire le concours d’intervenants externes. Les orientations qui sont prises et les propositions qui sont formulées n’ont d’autre parti pris que celui de la recherche du « mieux vivre ensemble » et d’une meilleure solidarité entre les citoyens, en conformité avec la charte du club

 

La laïcité est-elle une anti-religion ?

comment se positionne la laïcité dans l’environnement des religions et de leur parures sociales ?
Et le positionnement social et politique des religions les unes par rapport aux autres ?
Vaste sujet, et vaste débat à aborder sereinement …

image de laïcité
une illustration possible du concept de laïcité
Présentation

Le Président de la République lors d’un fameux discours à St Jean de Latran le 20 décembre 2007, puis au cours d’un voyage du pape en France au mois de septembre 2008, a suscité nationalement de vives polémiques et des inquiétudes au sein du camp laïc. L’idée prêtée à Nicolas Sarkozy, sur la base d’un concept nouveau de « laïcité positive », de réviser la loi de 1905 qui régit depuis un siècle les rapports entre l’Etat et les religions et considérée comme globalement satisfaisante, n’a pas en effet manqué de raviver certains réflexes chez tous ceux qui pensent qu’il n’y avait peut-être pas lieu d’ouvrir la boîte de Pandore et de prendre le risque de rompre un équilibre accepté dans les faits par l’ensemble des courants de pensée qui se sont durement affrontés dans le passé.

Qu’en est-il exactement ? La laïcité est-elle une anti-religion ?

1) Bref retour sur l’histoire…

Le thème de la laïcité n’a jamais totalement disparu du débat public au sein de la nation française depuis au moins la fin de l’ancien régime. Si le terme de laïc s’emploie depuis le XIIIème siècle, ce qui signifiait « du peuple » -et non « du clergé »- a de nos jours quelque peu changé de signification et veut dire « indépendant de toute religion ».

De 1802 à 1905, un régime concordataire mis en place par Bonaparte avait géré les rapports entre les Eglises et l’Etat, tout en accordant une situation privilégiée à l’église catholique. Les congrégations confessionnelles, nombreuses, riches et puissantes gardaient encore une influence importante sur les problèmes de l’éducation et de l’enseignement

De multiples soubresauts ont marqué ce passage entre deux siècles et profondément bouleversé la société française : une nouvelle mais fragile instauration de la République votée à une voix près ; la guerre de 1870 ; la Commune ; les remous de l’Affaire Dreyfus en 1898.

Cette époque voit l’émergence progressive du mouvement ouvrier, la naissance de la CGT, la montée du radicalisme et parallèlement ceux des réseaux de pensée qui traduisent en pratique l’entrée en politique de nouveaux citoyens : la Franc-maçonnerie, la Ligue des Droits de l’Homme, la Libre- Pensée, les organisations laïques et les universités populaires pour ne citer qu’eux. Tous ces mouvements participent à l’organisation de partis républicains et notamment celui du Parti radical et radical-socialiste, le plus vieux parti structuré de France.

En Juin 1901, le parti radical, largement enraciné dans les régions, est prêt à affronter la campagne législative. Il est convaincu que l’amélioration de l’humanité passe par l’éducation et considère qu’il est prioritaire d’écarter la religion d’une école publique et laïque, ainsi que de la sphère publique. Il affirme sa volonté de rassembler les suffrages en faveur de l’Alliance républicaine démocratique. Les élections de mai 1902 qui traduisent un affrontement Gauche-Droite consolident la coalition parlementaire qui dirige la France depuis 1899.

En 1902, après avoir été ministre de l’instruction publique, Emile Combes, docteur en théologie, devient Président du Conseil, ce qui va sceller l’alliance entre Radicaux et Socialistes. Ce sera le « Bloc des Gauches » qui fera approuver deux textes fondamentaux pour la laïcisation de la France encore en vigueur aujourd’hui : en 1901 la loi sur les Associations ; en 1905 la loi sur la séparation des l’Eglises et de l’Etat. Cette dernière affirme que la République Française protège la liberté de conscience et ne reconnaît, ni ne subventionne aucun culte. C’est la fin du concordat. Cette loi favorise l’œuvre de sécularisation initiée par la Révolution française. Elle sera renforcée par le décret de 1906 sur les inventaires des biens de l’Eglise.

Cette lutte pour une République laïque ne s’achève pas pour autant. Le statut clérical d’exception de l’Alsace-Lorraine, les décrets de Mendel en 1939 pour les territoires d’outre-mer, les lois de Vichy en 1941-1942 ou encore les lois dites anti-laïques des 4ème et 5ème Républiques vont à chaque fois entraîner des réactions vives de la part des défenseurs de la laïcité.

La montée du fondamentalisme islamique, l’affaire du « foulard » avec la création de la commission Stasi et l’approbation d’une loi interdisant les signes distinctifs de la religion à l’école et dans certains lieux publics…le débat n’a jamais totalement cessé et revient sans cesse à l’ordre du jour. Plus récemment les prises de position du Président de la République ont de nouveau fait monter la tension et suscité de nombreuses réactions dans les organisations et chez les citoyens qui défendent le principe de laïcité (déclaration commune des sept obédiences maçonniques de France, observatoire chrétien de la laïcité de loin la plus radicale et quelques autres…).

Introduction au débat

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » La première phrase de l’article 1 de la Constitution délimite doublement le second adjectif : il est un des attributs (dans les deux sens du mot) de la République ; nous retenons le sens qu’il a lorsqu’il qualifie celle-ci, non des personnes physiques ou morales. Pour savoir s’il est alors synonyme de « hostile aux religions », il convient de distinguer le principe constitutionnel de laïcité et sa mise en œuvre d’abord dans la nation ensuite dans l’enseignement.

LA LAÏCITE CONSTITUTIONNELLE

En 1789, « Nul ne sera inquiété pour ses opinions même religieuses » ne signifie pas que la liberté religieuse est secondaire mais que le catholicisme perd ses privilèges. En 1958, l’ajout « La République respecte toutes les croyances » à un article repris de 1946 ne signifie pas qu’elle leur accorde plus de considération qu’à l’incroyance mais très précisément que la laïcité n’est pas l’hostilité aux religions : il  s’agissait d’obtenir que l’épiscopat appelle à voter oui au referendum (ce qu’il a fait) et de rassurer les électeurs MRP.

L’ensemble des textes constitutionnels confirme cette orientation : les religions bénéficient en effet de toutes les libertés communes en plus de celle de culte, qui leur est spécifique. Souhaiter une laïcité « positive », explicitement ou implicitement toujours pour les religions, c’est donc vouloir leur accorder des droits supplémentaires (Sarkozy à Rome le 20 décembre 2007). Ou alors c’est énoncer un pléonasme (Sarkozy à Paris le 12 septembre 2008) 1: personne n’aurait l’idée de demander une liberté, une égalité et une fraternité « positives » ; or la laïcité est dans le domaine « spirituel » la traduction de la devise républicaine puisqu’elle y assure une égale liberté permettant de vivre ensemble. Elle favorise donc sinon la fraternité au moins la tolérance entre les habitants, mais elle n’est pas la tolérance : cela signifierait que la République a ses propres réponses aux questions existentielles (Sarkozy a raison de dire qu’elle n’en a pas) et qu’elle consent à l’expression de réponses différentes. La laïcité n’est pas non plus « l’accueil de l’autre », sous-entendu du musulman ; en apparence généreuse, cette formule d’un évêque est en réalité discriminatoire : si pour la République le musulman est « l’autre », c’est qu’elle n’est pas laïque mais chrétienne. Elle ne consiste pas davantage à « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » : il faudrait pour cela qu’elle reconnaisse Dieu (marginalisant ainsi les athées) et, afin de lui attribuer sa part, qu’elle choisisse entre ceux qui se disent ses mandataires légitimes lorsqu’ils ne sont pas d’accord entre eux (par exemple à propos de la dépénalisation de l’avortement).

Cela nous amène à la notion de neutralité. Quelques-uns ont contesté la formule « laïcité positive » de N. Sarkozy en disant que la laïcité n’est ni positive ni négative mais neutre ; d’autres ont approuvé sa volonté de substituer une laïcité positive à une neutralité qui par définition ne peut être une valeur. Ces réactions divergentes relèvent du même malentendu : la neutralité n’est que la condition de l’égale liberté. Une condition nécessaire cependant. Certains la disent impossible, chacun ayant des convictions. Mais ce qui est exigé des représentants de la République, ce n’est pas de ne pas en avoir, c’est de ne pas en faire état dans l’exercice de leurs fonctions ; les mêmes d’ailleurs se plaignent lorsque ce devoir de réserve leur semble enfreint à leur détriment. Quant à N. Sarkozy, il l’impose à ses subordonnés mais il refuse « l’hypocrisie » qui consisterait pour lui à taire ès-qualité ce qu’il pense des religions à titre personnel.

On oppose parfois à une laïcité « à la française » jugée négative celle de beaucoup de pays d’Europe, plus favorable aux religions. Mais la référence à Dieu ou le régime concordataire sont des discriminations contraires à la Convention européenne. Celle-ci est même d’une certaine façon plus « laïque » que les textes nationaux, alors que le mot n’y figure pas. Elle mentionne en effet plus explicitement l’égalité entre les convictions religieuses et non religieuses ainsi que l’autonomie de chacun par rapport à toute « communauté » : la liberté de « pensée », complétée par celle de « changer de religion ou de conviction », n’est pas exactement la même chose que la liberté de « conscience » associée à une « appartenance ».

LA MISE EN ŒUVRE DANS LA NATION

Au Latran, Sarkozy a repris à son compte l’idée de Pie X en 1905 : le législateur en voulait à la religion. Les Églises réformées, avait affirmé le 11 novembre 1905 leur représentant devant la commission sénatoriale qui examinait le projet, attendent « que cette grande réforme tourne au profit de la paix publique et de l’esprit de tolérance, au bien de la patrie et à l’honneur de la République ». Pour savoir ce qu’il en est aujourd’hui, il convient de distinguer le statut des religions, leur financement et le droit d’expression qui les concerne.

  Le statut des religions

Le statut des organisations

  À la base, les établissements publics du culte institués par le concordat sont devenus en 1905 des associations cultuelles sur le fondement de 1901 mais avec des conditions particulières : l’exercice exclusif du culte et pour les catholiques la reconnaissance de leur dépendance à l’égard de la hiérarchie, ce qui s’est traduit en 1923 par la constitution d’associations diocésaines et non paroissiales. Mais une association de 1901 peut aussi déclarer entre autres un but cultuel (c’est le cas la plupart du temps chez les musulmans). Une section de la loi de 1901 est en outre consacrée aux congrégations, soumises à une autorisation préalable et à un contrôle des comptes qui peuvent aujourd’hui apparaître discriminatoires.

Au niveau national, il y a possibilité d’Unions d’associations cultuelles. Mais les « Églises » 2 sont également organisées aujourd’hui en associations de 1901 (Conférence épiscopale française, Fédération protestante de France, etc.), qui se donnent librement leurs objets (celui du « Conseil français du culte musulman », créé en 2003 sous ce régime, semble cependant plus restreint). La dénonciation unilatérale du concordat en 1905 a seulement mis fin à la compétence du Saint-Siège pour négocier d’égal à égal avec l’État le statut du catholicisme français, et le rétablissement des relations diplomatiques après la grande Guerre n’a rien changé sur ce point. Or le 12 février 2002 Lionel Jospin a reçu à Matignon une délégation de la Conférence épiscopale présidée par le nonce apostolique. Des deux côtés, on a fait savoir en coulisse que la modification de loi de 1905, demandée à l’époque par la Fédération protestante, était écartée, comme s’il s’agissait d’un traité bilatéral. Depuis, ces rencontres sont annuelles (la dernière a eu lieu le 7 février 2008).

Le statut des cultes  

Dans la loi de 1905, le mot « culte » ne désigne pas une organisation mais une activité que l’on « exerce » (on n’exerce pas une « Église »). « La République ne reconnaît aucun culte » signifie qu’elle ne prend part à aucune cérémonie religieuse. Cette précision donnant lieu elle-même à plusieurs interprétations, en voici une illustration qui semble pertinente : « Quand je vois le fauteuil rouge et doré du président de la République trônant dans le chœur de Notre-Dame, cette confusion des genres me choque. Qu’il assiste, dans l’assemblée, à une cérémonie religieuse, il n’y a rien à dire, mais il ne faut pas aller au-delà. » L’auteur de ces propos n’est soupçonnable ni d’anticatholicisme ni d’antisarkozysme primaires puisqu’il s’agit de Roselyne Bachelot 3. Or le 22 octobre 2008 l’archevêque de Paris, en introduisant la cérémonie pour sœur Emmanuelle, a remercié le chef de l’État de l’avoir « organisée » ; lorsque le Conseil d’État définit l’exercice d’un culte, « au sens de la loi de 1905 », comme « la célébration de cérémonies organisées en vue de l’accomplissement, par des personnes réunies par des croyances religieuses, de certains rites et de certaines pratiques » (10 octobre 1997), il va de soi que les organisateurs sont les « ministres du culte », non ceux de la République ou leur chef. En se demandant, au cours de son homélie, si l’intéressée aurait apprécié cet hommage national, l’archevêque a fait allusion à ce qu’avait dit explicitement le matin le curé de la paroisse où avait eu lieu en présence du corps une messe plus discrète : elle ne voulait pas le même cérémonial que l’abbé Pierre ; aurait-il cédé au président d’une République qui, rappelons-le, « garantit la liberté de culte ». Ce dernier n’était pas dans le chœur mais pas non plus dans l’assemblée puisque son fauteuil (et celui de Carla !) se trouvait en avant du premier rang. On croirait revenue l’époque où le Roi-Très-Chrétien faisait chanter des Te Deum à sa gloire. Enfin il n’a pas seulement assisté, il a participé (comme le 12 août 2007, lors des obsèques du cardinal Lustiger, alors qu’il a assisté au rite juif). Son attitude est d’autant plus contestable que, chez ce pourfendeur de l’hypocrisie, elle ne correspond à aucune conviction : le chef de l’État prie et fait prier pour la grande sœur des pauvres ; N. Sarkozy demeure le petit frère des riches et il croit autant aux maléfices vaudous qu’en Dieu ou à l’au-delà.

Le financement

Hypocrite est notamment selon lui l’interdiction en 1965 du financement du culte, c’est à dire des associations cultuelles, des ministres du culte, des lieux de culte (avec le mobilier). Il est vrai qu’elle n’est ni totale ni équitable.

  L’interdiction n’est pas totale. 

Des exceptions ont été prévues dès 1905 pour les aumôneries dans les lieux clos, puis en 1941 et 1942 avec la dispense de la fiscalité sur le foncier et la prise en charge de l’entretien et des réparations, en 1978 avec la protection sociale des ministres du culte, en 1986 avec l’accès à l’audiovisuel public le dimanche matin, en 1987 avec les déductions fiscales pour les donateurs. La jurisprudence admet la dispense de la taxe d’habitation, la mise à la disposition de terrains pour un loyer symbolique et la construction d’espaces culturels dont une salle est non pas affectée au culte mais utilisable pour son exercice. L’esprit des deux dernières concessions a été rappelé le 6 août dernier par la Cour administrative d’appel de Versailles : « Le principe constitutionnel de laïcité, qui implique la neutralité de l’État et des collectivités territoriales et le traitement égal des différents cultes, n’interdit pas, par lui-même, l’octroi dans l’intérêt général de certaines aides à des activités ou des équipements dépendant de cultes. » Ce raisonnement, qui bénéficiait en l’espèce à une mosquée, revient à faire prévaloir sur la lettre de la loi le principe constitutionnel d’égalité.

 La situation actuelle est en effet  inéquitable.

Elle est plus favorable aux religions anciennement « reconnues » (catholiques, réformés, luthériens et israélites), dont les lieux de culte avant 1905 avaient été largement financés sur fonds publics, qu’à d’autres plus récemment implantés, comme les musulmans et les évangéliques ; c’est un des arguments en faveur d’une modification de la loi avancés par Sarkozy avant son élection. Mais ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’elle bénéficie surtout, parmi les quatre citées, au catholicisme, y compris au prorata. Il bénéficie en effet d’un double refus : celui en 1906 de constituer les associations cultuelles auxquelles devaient être remis les biens des fabriques (ils sont devenus la propriété des communes, qui les mettent à la disposition des paroisses) ; celui en 1945 de salarier les prêtres, religieux et religieuses (ils ont droit à des prestations pour lesquelles avant 1978 ne correspond aucune prestation). En 2001 le contribuable finançait 75% des églises, 40% des temples protestants, 10% des synagogues, et la seule mosquée de Paris. Le 23 novembre 2004, lors du  débat suscité par la proposition de N. Sarkozy dans La République, les religions, l’espérance, Jean-Louis Papin, deuxième vice-président de la Conférence épiscopale, a déclaré dans Témoignage chrétien que les évêques auraient « plus à perdre qu’à gagner dans le remue-ménage » : c’était avouer, y compris à travers cette désignation péjorative du débat démocratique, qu’ils craignaient la mise à plat qu’entraînerait entraînée un projet de révision. Le 4 novembre 2008, lors de leur assemblée plénière, l’un d’eux s’est félicité que la loi de 1905 ait « déchargé l’Église des dépenses d’entretien et de conservation de son patrimoine » (dépêche AFP).

Mais la situation actuelle est également plus favorable aux religions dans leur ensemble qu’aux autres « groupes spirituels ». Le 8 janvier 2008, à l’occasion des vœux à la presse, Nicolas Sarkozy a admis par exemple que ceux qui le dimanche matin avaient accès (chichement) à France-Culture devaient également pouvoir s’exprimer à la télévision publique ; sans doute faut-il attendre qu’il en devienne le patron… En 2003, le rapport Stasi a demandé que le courant libre-penseur bénéficie  des mêmes avantages fiscaux que les associations cultuelles. Jean Baubérot, qui fut membre de la commission, suggère la présence dans les lieux clos où il y a des aumôniers pris en charge, de « conseillers humanistes ». Le 17 juin 1998, le Conseil de l’Europe, qui regroupe les nations signataires de la Convention de 1950, a estimé, sur recours de l’Union des athées, qu’elle devrait bénéficier des mêmes droits que les religions, en dehors de ceux qui sont liés spécifiquement au culte.

  Le droit d’expression

Expression des religions

La liberté de parole des religions « est constitutionnellement assurée et, en pratique, elle est respectée. Dans notre pays, la parole religieuse n’est pas censurée », reconnaît André Vingt-Trois (Le Monde, 7/9/2008). En octobre 2007, toutes les grandes religions ont pris position contre les tests ADN et plus généralement la politique d’immigration du gouvernement. Il ajoute que les croyants « ne doivent pas faire prévaloir pour l’ensemble de la société leur conception particulière. » Or le 25 juin 2001, avant la première révision de la loi sur la bioéthique de 1994 (une autre se prépare), la Conférence épiscopale, dont il est aujourd’hui président, a condamné la destruction des embryons congelés en déshérence ou leur utilisation thérapeutique dans un communiqué qui se concluait ainsi : « Nul n’a le pouvoir de fixer les seuils d’humanité d’une existence singulière. Tout embryon est un être humain déjà. Il n’est pas disponible pour l’homme. » Si les mots ont un sens, il y avait bien volonté de faire prévaloir pour tous une conception non pas chrétienne (ce n’est pas celle de la Fédération protestante) mais catholique. La République laïque garantit donc aux religions le droit non seulement de critiquer la législation mais de le faire en des termes contraires à la laïcité, celle-ci ne s’imposant qu’à elle-même.

Expression sur les religions

Ce principe s’applique également à la liberté d’expression sur les religions. C’est ce qu’a oublié le cardinal Barbarin lorsque le 2 février 2006 il a jugé contraires à l’obligation constitutionnelle de respecter les croyances, les caricatures de Mahomet reprises par Charlie-Hebdo, notamment celle représentant le prophète avec une bombe dans son turban. La loi pénalise les injures ou diffamations à l’égard des croyants en tant que tels, non l’outrage aux religions. Si Charlie-Hebdo, soutenu notamment par N. Sarkozy, a été relaxé (en appel le 11 mars 2008), c’est que le dessin litigieux ne signifiait pas que les musulmans dans leur ensemble sont des terroristes ; l’islam n’était même pas en cause. C’était le cas au contraire dans la déclaration de Houellebecq le présentant comme « le plus con des monothéismes ». Or il a été lui aussi relaxé, en octobre 2002, dès lors qu’il avait précisé ne pas considérer les musulmans comme des cons. Ceux pour qui les croyances ont droit à une protection particulière verront dans une législation qui, à la différence de celle de la plupart des pays voisins, ne sanctionne pas le blasphème une inspiration antireligieuse ; les autres constateront qu’elle assure aussi la liberté d’expression des croyants : le cardinal Lustiger traitait l’athéisme de « maladie de la raison », mais non les athées de malades mentaux4.

LA MISE EN ŒUVRE DANS L’ENSEIGNEMENT

Enseignement public

Pour les évêques, et notamment pour leur porte-parole à l’Assemblée Nationale Freppel, la loi de 1882 était antireligieuse et plus précisément anticatholique. Mais lors de l’Assemblée générale du 7 mai 1881, le président de la Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants de France avait fait entendre une autre voix : « La nouvelle loi ne peut que servir, en dernière analyse, les intérêts protestants, qui sont ceux du libre examen, et qui se confondent ainsi avec les besoins impérieux de la civilisation moderne. »

Dans une lettre commune adressée au président de la République le 8 décembre 2003, le Conseil des Églises chrétiennes (catholique, protestantes, orthodoxes) faisait savoir qu’une loi interdisant les signes religieux à l’école publique constituerait un geste d’hostilité à leur égard ; elles s’estimaient donc concernées. Mais voici en quels termes le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a introduit le 3 février 2004 le débat à l’Assemblée nationale : « Vieille terre de chrétienté, notre pays s’est enrichi au contact de diverses cultures et continue à le faire, notamment par l’intermédiaire de familles et d’hommes venus de tous horizons qui y ont aujourd’hui fait souche, dans une logique d’intégration à la nation » ; ils sont ainsi devenus « Français à part entière ». Ce discours fait écho à celui qu’avait tenu à l’égard des juifs, en 1917, le Barrès des Grandes familles spirituelles de la France (qui n’était plus celui de l’affaire Dreyfus), mais il le transpose à ceux que, voici un demi-siècle, l’on appelait indifféremment « Français musulmans » ou « Français de souche nord-africaine », et qui, leur assurait-on, allaient enfin devenir « Français à part entière » ; sous couvert de se défendre de toute discrimination, on ne pouvait laisser entendre plus clairement que le projet, bien que formulé en termes généraux, concernait les jeunes musulmanes voilées 5. Le texte adopté cependant a été appliqué à des sikhs (exclus) et à des juifs (il n’y a plus eu de kippa à la rentrée 2004). Ajoutons que le 10 novembre 2005 la Cour Européenne des Droits de l’Homme a jugé que l’interdiction du foulard islamique à l’université d’Istanbul remplissait deux conditions admises par l’article 9 de la Convention pour les restrictions aux libertés religieuses  : protection de l’ordre et des libertés d’autrui ; or en France, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) l’a rappelé le 16 octobre 2008 à l’intention de l’université de Montpellier, l’interdit n’est pas applicable dans l’enseignement supérieur.

Établissements sous contrat

Une idée reçue est que loi Debré de 1959 permettrait à la République de subventionner l’enseignement catholique. Cette formule comporte une erreur par mot. D’abord il ne s’agit pas de subventions mais d’une association à « l’enseignement public » : les Facultés catholiques sont subventionnées par l’État et les collectivités territoriales, mais les sommes versées ne couvrent pas la totalité de leurs dépenses de fonctionnement et surtout les enseignants ne sont pas agents de l’État (ou pas encore, puisque depuis 2005 un rapport en faveur de cette solution sommeille dans des cartons).  Ensuite, cette association ne concerne pas une entité nationale mais chaque établissement, pour une partie ou la totalité de ses classes. Enfin elle ne prend pas en compte le caractère confessionnel ou non. La loi Debré est donc à l’origine « laïque », au sens précis qu’a ce mot dans la Constitution. Nous résumerons son histoire de ce point de vue, sans ignorer qu’elle soulève aussi les questions de l’unité de la République (lorsque l’enseignement est donné principalement en basque ou en breton), de son caractère social (quelle est la répartition des milieux sociaux ?), ou démocratique (les conseils d’établissement n’ont qu’un rôle consultatif).

L’on constate d’abord deux évolutions voulues dès le début par l’épiscopat (déclaration du 27 avril 1960), introduites progressivement par la droite et consacrées en 1992-1993 par une gauche qui au nom de la laïcité s’était opposée à toutes les dispositions antérieures. En votant les lois Lang, applicables à tous les établissements sous contrat, la majorité socialiste et la droite ont entériné des accords négociés et signés « d’égal à égal » entre le ministre et le secrétaire général, nommé par l’épiscopat, de l’enseignement catholique, donnant ainsi réalité à la « chimère dangereuse » que Michel Debré, en présentant son projet le 23 décembre 1959 à l’Assemblée nationale, s’était refusé à envisager. En confiant une partie de la formation initiale et continue des enseignants à des organismes catholiques autorisés à la donner « dans le respect du caractère propre », ils ont indirectement validé cette orientation en classe. Précisons que le 14 mai 1992, soit un mois avant la signature du premier accord, la Conférence épiscopale, qui la savait acquise, avait ainsi défini la spécificité : introduire l’élève « dans la vérité totale sur lui-même et son destin ». Lors de son assemblée plénière de 1994, elle a pris acte que « l’école catholique » avait été peu à peu considérée par « les différents gouvernements » comme « un « partenaire loyal qui, dans le respect de son caractère propre, apporte une contribution importante au service public d’éducation ». En d’autres termes : l’enseignement catholique avait fini par obtenir un contrat au sommet avec le ministère et la reconnaissance de la spécificité confessionnelle comme un élément du service public.

C’est pourquoi, alors qu’auparavant les évêques déniaient la réalité ou freinaient le renforcement du statut public des enseignants6, désormais ils l’encouragent. Le contrat d’association est en voie de généralisation, y compris dans des villes longtemps réticentes. La loi du 15 mars 2004 ne s’applique pas aux établissements sous contrat d’association sous prétexte qu’ils ne font pas partie du service public7, mais celle du 5 janvier 2005 confirme que les enseignants sont de droit public et précise qu’ils n’ont pas un contrat de travail partiel avec l’établissement (le PS a voté les deux lois).

Le 23 novembre 1977 cependant, le Conseil constitutionnel a déclaré applicable aux enseignants sous contrat deux principes à valeur constitutionnelle (ils figurent respectivement dans la Déclaration de 1789 et dans le préambule de la Constitution de 1946) : « Nul ne doit être inquiété par ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » ; « Nul ne peut être lésé dans son emploi en raison de ses opinions ou de ses croyances ». Or la plupart des enseignants sont incroyants et certains professent d’autres religions ; selon un témoignage cité par La Croix le 4 novembre 2005, les catholiques convaincus craignent de se trouver en porte-à-faux devant une partie des élèves. La laïcité y trouve son compte, non l’épiscopat, qui s’en inquiète et en débat.

En conclusion, la laïcité constitutionnelle n’est pas hostile aux religions tandis que la législation et la pratique, dans les deux secteurs examinés, tendent à les favoriser, en particulier le catholicisme. Au-delà de ses contradictions, la politique de N.  Sarkozy accentue cette orientation. Ses motivations peuvent se résumer dans cette citation : « Les passions déchaînées, la morale sans appui, le malheur sans espérance dans l’avenir, tout se réunissait pour porter le désordre dans la société. Pour arrêter ce désordre, il fallait asseoir la religion sur des bases solides. » Ces mots ne sont pas de notre président mais du premier consul, en 1802, pour justifier le concordat ; ils traduisent cependant assez bien la pensée de celui que Jacques Julliard appelle « notre Bonaparte en blue-jean » (Le Nouvel Observateur, 30/10/2008).

3) Questions d’aujourd’hui sur la laïcité

Faut-il aller plus loin dans l’application du concept de la laïcité ? 

La loi de 1905 a eu comme objectif et pour effet de constituer un état séculier, respectueux de toutes les croyances et capable globalement de faire respecter une certaine égalité entre elles. Mais le concept de laïcité ne peut-il pas faire l’objet d’interprétations nouvelles ?

Ainsi si on souhaite faire évoluer ce concept dans un sens favorable aux religions, ne pourrait-on pas remettre en question le principe d’égalité absolue entre elles en considérant que les vertus particulières de l’une ou l’autre pourraient justifier une préférence ? Ou encore, comme l’a souhaité ouvertement le pape, ne peut-on pas admettre que le lien particulier entre nos sociétés occidentales et les religions chrétiennes au cours de l’histoire, confère à celles-ci une spécificité qui doit être mieux reconnue ?

A l’inverse, on pourrait aussi considérer que la sécularisation de l’Etat n’a pas été poussée jusqu’à son terme, que les fondements de la morale telle qu’elle est perçue dans la société sont essentiellement ceux de la morale chrétienne et non laïcs, que la religion dominante bénéficie encore de nombreux privilèges…Bref la laïcité ne serait pas allée à son terme.

Il faudrait donc aujourd’hui passer au-dessus des institutions religieuses pour ne considérer que les individus afin d’inventer comme l’a explicité Michel Onfray, un concept de laïcité post-chrétienne affranchi de toute influence religieuse. La république doit-elle aujourd’hui engager ce combat ? Et le pourrait-elle ?

Quelles sont les raisons profondes qui ont conduit Sarkozy à vouloir engager une révision de la loi de 1905 à partir du concept de « laïcité positive » ?

Derrière l’idée de s’adapter au contexte nouveau de la société française après un siècle d’application des lois de 1901 et 1905, quel est le dessein réel du Président de la République ? Ne s’agit-il pas en réalité de faire évoluer le système actuellement en vigueur en France vers un « régime capitaliste compassionnel » où la République s’occuperait des pauvres et créerait les conditions pour générer de l’espérance dans une société où celle-ci est souvent absente avec la complicité des grandes religions. Le curé apporterait ce surcroît de sens que l’instituteur le plus motivé ne pourrait jamais faire avec sa morale laïque. Il s’agirait au fond de revenir au bon vieux système déjà dénoncé à une autre époque d’une religion opium du peuple, capable de faire oublier sa misère à celui-ci et de maintenir la domination des puissants.

La position de l’Eglise Catholique est-elle anti laïque ?

Dans les faits, l’Eglise Catholique n’a pas renoncé à peser sur le pouvoir temporel et son attitude n’est pas depuis toujours dénuée d’ambiguïté. Certains « lobbies » internes officiellement  reconnus comme Opus Dei, affichent d’ailleurs ouvertement leur volonté d’influencer directement les structures de pouvoir dans un sens favorable à l’Eglise…

En Espagne, l’épiscopat a ouvertement pris parti lors des dernières élections législatives dans le but de rétablir l’enseignement religieux obligatoire dans les écoles, supprimé par le gouvernement socialiste et cheval de bataille de la Droite. De même en Italie, l’Eglise conserve un fond conservateur et veut en permanence influencer le vote des catholiques en faveur de la Droite qu’elle essaie par ailleurs d’instrumentaliser à son profit.

En France, en apparence l’Eglise aurait accepté sans réserve la laïcité comme fondement de l’Etat républicain. Mais à y regarder de près, ce n’est pas si évident. En premier lieu, elle affirme qu’elle accepte la laïcité au nom du principe qui veut qu’ « on rende à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ». Ce qui, comme on l’a vu, est pour le moins ambigu dans la mesure où cette affirmation stipule une reconnaissance implicite de Dieu, ce que la République laïque ne peut pas accepter. De même, la négociation qui a abouti à la loi Lang-Coupet a d’une certaine manière consacré l’idée d’un équilibre entre Dieu et César. La réception à Matignon sous l’ère Jospin d’une délégation de l’Eglise conduite non pas des représentants de l’épiscopat français mais par le Nonce apostolique lui-même, représentant direct du Pape, constitue enfin un retour à la situation en vigueur du temps du concordat où l’Etat et l’Eglise négociaient directement au sommet les avantages qui lui étaient accordés. D’ailleurs la contrepartie à l’ « institutionnalisation » de ces rencontres annuelles a été la reconnaissance définitive de la loi de 1905 par Jean-Paul II, le 11 février 2005 (un siècle après la loi de séparation de 1905!).

Les évêques français ne se privent pas d’expliciter leurs propres points de vue sur l’ensemble des problèmes de société, -et tout récemment encore sur les tests ADN ou l’immigration, en commun ou pas avec d’autres églises-. La loi de 1905 les y autorise et ce type d’expression est normal dans le cadre d’un débat démocratique où tous les courants de pensée peuvent faire valoir leurs points de vue. La question est de savoir où se situe la limite au-delà de laquelle l’intrusion dans le débat public devient anti laïque et se transforme en pression intolérable pour influencer la décision politique dans un sens unilatéral qui privilégie trop des intérêts propres, une idéologie ou une croyance religieuse. Ainsi pourrait-il en être par exemple de la conception des évêques sur la bioéthique. En 1994, date du premier débat et de la première loi sous le gouvernement Balladur, l’Eglise avait mis en avant le concept de loi naturelle s’imposant de manière universelle en dehors de toute appartenance religieuse et donc aux croyants comme aux non croyants, pour refuser toute idée d’intervention sur les embryons humains. Idée que d’autres églises ou des non croyants récusent. Elle a usé de tous ses réseaux d’influence qui sont puissants, en connivence avec la Droite, pour faire en sorte que la loi aille dans le sens souhaité. Si elle avait à l’époque toléré la destruction des embryons surnuméraires, c’est parce que le projet négocié avec J.-M Lustiger (et finalement voté) excluait leur utilisation thérapeutique. Celle-ci étant envisagée en 2000 par le gouvernement Jospin (elle figurera dans le texte voté en 2004), l’épiscopat a, si l’on peut dire, repris ses billes8. Ses déclarations actuelles à propos de la seconde révision (prévue en 2009-2010) permettent d’attendre un ton moins impératif (donc plus conforme à la laïcité) mais non un changement sur le fond.

Comme toute institution, elle revendique de conserver son rang dans la gouvernance de la société et de maintenir ses privilèges et son pouvoir d’influence. Elle a du mal à accepter qu’elle puisse être considérée comme n’importe quelle autre religion, revendiquant la possession de la Vérité et acceptant difficilement l’idée d’une morale ou d’une spiritualité athées.

Mais le constat que l’on peut faire aujourd’hui dans la société française n’est-il pas une acceptation générale de la laïcité telle qu’elle est appliquée, le camp laïc lui-même s’étant trop souvent comporté avec un sectarisme anti religieux en infraction avec le principe auquel il est censé se référer. Au fond, on peut se demander si le principe de « laïcité positive » énoncé par Sarkozy n’est pas globalement bien compris et accepté. A une époque où l’environnement économique, social, politique…est très inquiétant et même angoissant pour une grande partie de la population, les religions ont une légitimité accrue dans la quête de sens que tout individu recherche dans sa propre vie et ont donc un rôle reconnu comme positif. De même plus personne n’est vraiment choqué des excès que l’on peut constater dans l’expression publique d’une appartenance ou d’un rattachement à telle ou telle religion ou courant de pensée. La forme d’ « idolâtrie » que certains catholiques ont voué au pape lors de sa visite n’est pas perçue comme plus choquante que d’autres formes d’idolâtrie envers certaines stars ou vis-à vis de l’argent par exemple.

Dépasser des conflits d’une autre époque et accepter la vraie laïcité

S’il est vrai que la laïcité reste un thème très sensible dans la société française, sur le terrain la perception que l’on peut en avoir évolue et il serait enfin temps de dépasser des clivages hérités de l’histoire de notre république et quelquefois entretenus sans raison.

Il n’est pas certain à cet égard que la discussion ou la confrontation sur les religions doivent rester strictement cantonnées dans la sphère privée et rien n’interdit d’en débattre publiquement (comme cela a été le cas dans le quartier de Monplaisir). Ce type de débat dépasse d’ailleurs le cadre des religions monothéistes et il apporte une connaissance à chacun dans sa quête de sens, ainsi que le respect, la compréhension… Bref ce type de débat finit par créer un esprit de tolérance qui enrichit tous les protagonistes.

D’ailleurs, si on doit dénoncer toute forme d’intégrisme religieux, une certaine forme d’intolérance peut aussi exister dans le camp laïc et il est tout aussi insupportable. Cependant, il faut récuser le terme d’ « intégrisme laïc » qui paraît inapproprié pour qualifier des attitudes de certaines organisations « laïcardes » en infraction d’ailleurs avec le concept de laïcité prôné par ailleurs et qui stipule la tolérance envers toutes les croyances. Ainsi, il n’existe pas d’institution « laïque » exprimant des positions officielles sur une laïcité que l’on pourrait qualifiée d’intégriste, contrairement à ce qui existe dans le domaine religieux. De même, il faudrait que ceux qui se réclament de la religion,  acceptent enfin l’idée que l’athéisme ne signifie pas « absence de spiritualité ou de morale ».

L’Etat lui-même n’est pas exempt de reproches dans l’application de la laïcité avec les exceptions qui continuent à s’appliquer en Alsace-Lorraine (régime concordataire), à Wallis et Futuna (application de la charia) et comme on l’a vu dans ses rapports avec l’Eglise catholique. Mais il faut aussi constater (et admettre ?) que l’Etat s’accorde une certaine dose de pragmatisme dans l’application de certains principes, si nobles soient-ils.

La laïcité et les sectes

Les sectes ont fait depuis quelques temps leur apparition dans la société française et l’application du principe de la laïcité à leur encontre se heurte à des difficultés réelles et quelquefois insurmontables. Ainsi, il n’est pas possible de donner une définition suffisamment exhaustive de ce qu’est une secte, qui permette de tenir compte de leur diversité et même d’établir clairement au niveau du droit la différence qui peut exister entre une secte et une grande religion. En fait, selon certains, les grandes religions ne seraient que des sectes qui ont réussi. Des manquements au droit ici ou là dans une organisation qualifiée de sectaire ne permettent pas toujours d’instruire leur interdiction, de la même manière qu’il aurait été abusif de condamner l’ensemble de l’Eglise catholique sous la prétexte que de nombreux cas de pédophilie ont été découverts en France et ailleurs, au sein du clergé.

Faut-il assimiler les sectes à  des croyances et les rattacher au statut cultuel avec les droits qui en découlent ? Faut-il les analyser comme de simples sociétés à but lucratif ou non et soumises au droit commun du point de vue de la réglementation du travail ? La répression contre les sectes ne peut s’exercer au titre des croyances, celles-ci étant reconnues comme un droit imprescriptible à chaque individu dans la constitution. Il y a d’ailleurs un danger à établir la liste des sectes qui pourraient être agréées et celles au contraire celles qui devraient faire l’objet de poursuites. La seule manière de les contrer est de les prendre en défaut dans l’application des règles de droit commun concernant le droit du travail ou des sociétés et surtout pour abus de faiblesse (comme l’église de la scientologie), lorsqu’il est avéré que la secte concernée utilise des méthodes de lavage de cerveau à des individus dans l’incapacité de s’en défendre.

En conclusion au débat

La laïcité est-elle une anti religion ? 

Une telle affirmation est inexacte et en France l’application des lois de 1901 et de 1605 a permis à toutes les croyances de coexister dans une certaine forme de tolérance acceptée par tous même si des conflits peuvent encore naître occasionnellement. Cependant, il est non moins vrai que l’Eglise ou d’autres institutions religieuses n’ont pas tout à fait renoncé sinon à exercer directement le pouvoir temporel, du moins à l’influencer dans un sens favorable à leur idées ou à leurs intérêts.

De même, certaines d’entre elles continuent à bénéficier de privilèges réels héritées du passé. Il est indéniable en effet que les différentes croyances et les grands courants de pensée n’ont pas été traités de manière égalitaire comme le stipulait la loi de 1905, la religion catholique ayant de ce point de vue un avantage évident par rapport aux autres grandes croyances. Ce qui d’une certaine manière permet aux autres religions et en particulier à l’Islam de considérer légitimement que des rééquilibrages sont nécessaires, en particulier pour le financement et l’entretien des lieux de culte où l’église catholique est évidemment très largement favorisée.

Faut-il considérer que la laïcité serait en péril avec les projets de N. Sarkozy ? 

Il semble que l’on s’oriente vers l’abandon des projets de révision affichés lors de la campagne électorale et au début du mandat et que, si on en croit le discours du Président de la République lors de la venue du pape au mois de septembre dernier très en retrait par rapport à celui qu’il avait tenu à Latran à la fin de 2007, l’on s’en donc tienne finalement au statut quo. L’Eglise catholique ne souhaite d’ailleurs pas de son côté remettre en débat une loi qui au fond lui a permis de maintenir une position dominante et un certain nombre de privilèges.

En revanche, on peut être surpris de la confusion qui règne au niveau de l’Etat dans l’application du principe de la laïcité et encore plus de l’absence totale de réaction pour la dénoncer, de l’ensemble des institutions ou courants de pensée habituellement vigilants pour faire respecter des règles élémentaires de neutralité. L’un des derniers évènements en date des obsèques de Sœur Emmanuelle, « petite sœur des pauvres », organisées directement par l’Elysée et avec le chef de l’Etat, « petit frère des riches »9, au premier rang dans la cathédrale face au chœur, avait quelque chose de très fortement symbolique et de scandaleux. Le fait que ça n’ait choqué personne en dit long sur certaines dérives dans l’application de la loi.

Avec l’émergence de l’Islam comme grande religion organisée voulant être reconnue comme les autres et des difficultés réelles constatées ici et là dans l’interprétation des règles de la laïcité, il serait pertinent d’engager sereinement une réflexion qui permette de fixer de nouvelles orientations dans l’application de la loi, orientations qui seraient à soumettre au débat public : jurisprudence pour définir les modes de financement des lieux de culte et pourquoi pas de la transformation de certaines églises désaffectées en mosquées, remises à plat des règles de participation des représentants officiels de la République aux cultes religieux, traitement des demandes spécifiques de groupes religieux pour accéder à certains équipements publics comme les piscines, l’accès aux soins des femmes musulmanes dans les hôpitaux…

De ce point de vue, il serait donc judicieux que la gauche se saisisse de la question et que le PS en particulier s’attaque à l’élaboration d’une charte dans laquelle ces orientations pourraient être esquissées afin de permettre l’application des principes intangibles de la laïcité dans un contexte qui a beaucoup évolué.


Annexes
LE PRINCIPE CONSTITUTIONNEL DE LAÏCITE

Préambule de la Constitution de 1958 : attachement aux principes « définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946 ».

1789, art. 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

art. 10 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

préambule de 1946 : « Tout être humain, sans distinction de race (sic), de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés ». (…) Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. »

Article 1 de la Constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race (resic) ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

Article 34 : « La loi fixe les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques ». Le 16 juillet 1971, le Conseil constitutionnel a affirmé la portée constitutionnelle de la loi du 1er juillet 1901 sur la liberté d’association, celle-ci faisant partie des « principes fondamentaux » (confirmés et jamais contredits) reconnus par les lois de la République avant 1946. Le 23 novembre 1977, il a appliqué le même raisonnement à la liberté de l’enseignement,  ajoutant que la Constitution « n’exclut pas » une aide financière. Cela vaut également pour l’article 1 de la loi de 1905, La République « assure la liberté de conscience » « garantit le libre exercice des cultes » et « ne reconnaît aucun culte ». Tous ces principes sont d’ailleurs confirmés et parfois précisés par l’article 55.

Article 55 : Les traités sont supérieurs aux lois.

Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, Rome, 4 novembre 1950, ratifiée par la France le 3 mai 1974, article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion et de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publique, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

Protocole additionnel, Paris, 20 mars 1952, article 2 : « Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’État, dans l’exercice des fonctions qu’il assurera dans le domaine de l’éducation, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses.

Dispositions reprises par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par l’ONU le 16 décembre 1966 et ratifié par la France le 4 février 1981.

La laïcité oblige donc la République à assurer aux personnes physiques et morales une égale liberté dans le domaine « spirituel », où l’on se préoccupe du sens de la vie (« D’où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous ? ») et non de l’organisation de la société. Parmi les organisations, on peut distinguer avec le rapport Stasi (2003) d’un  côté les religions, qui se réfèrent à une révélation et exercent un culte, de l’autre le « courant libre-penseur ». « Au sens de la loi de 1905 », a précisé le 10 octobre 1997 le Conseil d’État, l’exercice d’un culte est « la célébration de cérémonies organisées en vue de l’accomplissement, par des personnes réunies par des croyances religieuses, de certains rites et de certaines pratiques ». La laïcité républicaine se distingue aussi ce celle revendiquée par (ou attribuée à) des personnes physiques ou morales, elle-même diverse : attachement à cette laïcité, absence de position sur les questions « spirituelles », libre pensée ou hostilité aux religions.

MISE EN ŒUVRE LEGISLATIVE : LES RELATIONS ENTRE REPUBLIQUE ET RELIGIONS

La loi sur la presse de 1881-1972 bénéficie aux religions : elles ont des journaux, l’injure et la diffamation et les discriminations à l’égard des croyants sont interdits (mais « le respect des croyances » est un devoir de réserve qui ne s’impose qu’à la République, sauf à rétablir le délit de blasphème).

La loi de 1901 également : au plan national, les religions sont organisées selon ce statut ; celui-ci permet de déclarer une activité cultuelle (c’est le plus souvent le cas chez les musulmans).

La loi de 1905 : En séparant unilatéralement « les Églises » (les organisations) et « l’État » (instance nationale de la République), elle met fin au statut « d’établissements publics du culte » issu du régime concordataire, et pour l’Église catholique à toute négociation d’égal à égal avec le Saint-Siège. Elle instaure le statut d’association cultuelle (l’exercice du culte doit être alors l’activité exclusive) et d’Union nationale. Elle précise les modalités de la liberté de culte. Elle en interdit le financement mais prévoit aussitôt des exceptions en faveur des anciens « établissements publics » et notamment du catholicisme ; il y en aura d’autres.

LA MISE EN ŒUVRE LEGISLATIVE DANS L’ENSEIGNEMENT

Enseignement public

Lois Ferry de 1882 et Goblet de 1886 : l’enseignement, puis les locaux et le personnel, sont laïcisés (mais les « devoirs envers Dieu » ne seront supprimés qu’en 1923).

Loi du 15 mars 2004 : « Dans les écoles, les collèges et lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. » Toute exclusion doit être précédée d’un dialogue et le bilan sera fait au bout d’un an. Circulaire d’application JO du 22 mai : « Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive. Ne sont pas mis en cause le droit de porter des signes religieux discrets ni les accessoires et tenues qui sont portés par les élèves en dehors de toute signification religieuse. »

Établissements privés 

Loi du 31 décembre 1959 (dans sa formulation et son esprit initiaux).

Article 1: « L’État proclame et respecte la liberté de l’enseignement  et en garantit l’exercice aux établissements  régulièrement ouverts ». «  Régulièrement,  c’est à dire selon les dispositions des lois de 1833 (primaire) 1850 (Falloux, second degré), 1919 (technique), qui concernent non les religions ni même des organisations mais des citoyens à titre individuel.

Article 2 : « Dans les établissements privés qui ont passé un des contrats prévus ci-dessous, l’enseignement est placé sous le régime de l’État. L’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinions ou de croyances, y ont accès. »

Article 4 : « Les établissements privés du premier degré, du deuxième degré et technique peuvent, s’ils répondent à un besoin scolaire reconnu, demander à passer avec l’État un contrat d’association à l’enseignement public. » L’enseignement y est « dispensé selon les règles de l’enseignement public » et « confié, en accord avec la direction de l’établissement, soit à des maîtres de l’enseignement public, soit à des maîtres liés à l’État par contrat ».

Intention du législateur : Michel Debré présentant sa loi le 23 décembre 1959 à l’AN : « La prééminence de l’enseignement public ne peut être discutée ». « C’est une chimère dangereuse que d’imaginer un ministre traitant un jour sinon d’égal à égal, du moins avec une sorte d’université nationale concurrente à laquelle serait reconnue, par une délégation implicite, une responsabilité partielle mais nationale dans la mission générale de l’enseignement. »

Le 5 novembre 1969, le Conseil d’État a confirmé, au vu du contenu de la loi, des travaux préparatoires et de l’exposé des motifs, que « le législateur a entendu donner le caractère d’une activité de service public à l’enseignement dispensé dans les classes placées sous contrat d’association à l’exclusion de l’enseignement dispensé éventuellement dans d’autres classes du même établissement ou d’autres tâches accomplies dans ces établissements ».

1 Cf., sur la différence entre les deux discours, Philippe Portier, Ouest France, 16/9/2008.

2 Dans le titre de la loi de 1905 (séparation « des Églises et de l’État »), le mot s’appliquait aussi à « l’Église israélite », même si elle ne revendique pas une appellation utilisée par Aristide Briand pendant le débat parlementaire.

3 Dans Jean-Yves Boulic, Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, Grasset, 2002, p. 26-27.

4 Le choix de Dieu, entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, de Fallois, 1987, p. 197.

5 Autre maladresse : il concernait aussi les élèves étrangers, en situation régulière ou non.

6 En 1960 « Nos maîtres seront aidés » : c’est en ces termes que le 3 janvier 1960 le cardinal Feltin, archevêque de Paris, avait résumé le texte voté trois jours plus tôt.

7 Cf. le rapport remis sur le sujet par la commission Debré en juin 2003.

8 Sur les tractations, cf Robert Serrou, Lustiger, cardinal, juif et fils d’immigré, Perrin, 1996, p 238-239. Dans le Monde du 12-1-94, J.-M Lustiger avait comparé la congélation sans fin à l’acharnement thérapeutique et conclu qu’il n’y avait peut-être pas de faute porale à y mettre fin. Le 29 novembre 2000, dans le même quotidien, il accusait ceux qui soutenaient une telle position de s’accorder un « droit de vie et de mort sur leurs semblables ». « Le pragmatisme »n’est pas le monopole des professionnels de la politique.

9 La formule de Marc Andrault est savoureuse et montre combien certains hommes politiques ont l’art de « ratisser large » et de tout récupérer à leur profit.