Le système économique libéral est-il compatible avec les enjeux liés à l’urgence climatique?

L’hégémonie du néolibéralisme : une donnée incontournable

C’est le système capitaliste appelé aujourd’hui néolibéral, qui domine l’économie planétaire après avoir fait la preuve de son efficacité face à des systèmes étatiques et collectivistes dont il a provoqué l’effondrement.

Dans ce système, c’est le marché (y compris avec ses excès) qui détermine l’activité humaine dans une compétition qui est mondiale et globale :

la croissance doit être continue et la plus élevée possible quel qu’en soit le prix

la concurrence est généralisée y compris dans les services publics

la recherche du profit maximum constitue un objectif permanent des détenteurs de capitaux sans grande considération pour d’autres enjeux au moins aussi importants comme le bonheur des hommes ou la santé de la planète.

 

Sans régulation et dans une recherche permanente de croissance et d’abaissement des coûts de production (matières premières, coût du travail, élimination des déchets et traitement des pollutions…) dans le but de réaliser des profits maximum au bénéfice des actionnaires, le système conduit à :

  • la financiarisation de l’économie par la recherche de profits immédiats sans considération des salariés qui sont des variables d’ajustement, et par la délocalisation de la production vers les pays à bas coûts salariaux
  • la surexploitation des ressources de la planète et à leur épuisement progressif,
  • des rejets massifs de GES dans l’atmosphère, causes du changement climatique en cours
  • l’exploitation de certaines populations pauvres soumises quelquefois à des formes modernes d’esclavage,
  • la production de déchets plus ou moins dangereux et quelquefois rejetés dans la nature et les océans sans être traités
  • la génération de pollutions graves du milieu naturel et des habitats des animaux, conduisant à des impacts très négatifs sur la biodiversité et le climat.
  • l’accroissement des inégalités entre les riches et les pauvres
  • …etc.

Cependant, force est de constater que dans le cadre du système qui régit aujourd’hui l’économie mondiale et malgré ses dérives et ses excès, des progrès importants ont été enregistrés : la pauvreté a régressé, l’accès à l’hygiène, à l’eau potable, à la nourriture, à la santé, à l’alphabétisation et à la connaissance -conditions préalables au progrès- ont été rendus possibles pour des populations toujours plus nombreuses. Il convient donc de reconnaître que le libéralisme contribue à ces résultats grâce à son efficacité y compris dans ces domaines ; cependant ils ne les cherchent pas naturellement mais sous la pression du politique, de la nécessité (susciter d’autres besoins), ou de la crainte que le système implose.

Le néolibéralisme à une capacité sans limite d’adaptation aux nouvelles réalités politiques et économiques grâce à :
  • sa réactivité et ses capacités d’action rapides et efficaces,
  • son potentiel de recherche et d’innovation qui lui permet de faire des gains de productivité permanents mais également des sauts technologiques majeurs facteurs de progrès dans tous les domaines (productivité du travail, santé, environnement…)
  • sa puissance financière qui dépasse aujourd’hui souvent celle des états
  • la puissance aussi de ses lobbys qui ont la capacité de peser sur les décisions des gouvernements et même aux Etats-Unis (1ère puissance mondiale) de pervertir le système démocratique grâce aux moyens dont ils disposent pour faire élire des élus fédéraux favorables à leurs stratégies et à leurs intérêts
Le néolibéralisme économique s’accommode facilement de régimes politiques très divers :

– des pays dictatoriaux dirigés par l’armée ou des oligarchies corrompues

– certains anciens pays communistes (Chine, Vietnam…) qui ont conservé la mainmise politique du parti sur tous les rouages de la société et qui imposent toujours une forte restriction des libertés pour les citoyens

– des pays démocratiques occidentaux libres

– des pays démocratiques de caractère populiste et autoritaires appelés aujourd’hui « illibéraux ».

Les systèmes alternatifs basés sur la collectivisation des moyens de production et la planification centralisée, qui ont existé (URSS et satellites, Chine…) ou qui existent encore dans quelques pays de plus en plus rares (Corée du Nord, Cuba…), avec des régimes dictatoriaux, ont tous échoué par manque d’efficience. De plus, aucun de ces régimes n’a fait preuve d’une capacité à mieux maîtriser les questions environnementales ou la promotion sociale des citoyens que ne le fait le néolibéralisme malgré tous ses défauts et ses excès. Au contraire même, ce qui est problématique pour s’y référer en vue de proposer à une alternative possible.

En France, la gauche a échoué à chaque alternance sous la 5ème République, dans ses tentatives timides de transformation du système de production néolibéral même si la part du financement public dans le PIB (57%) reste encore l’un des plus élevés en Occident. Dans la réalité, le système français s’apparente déjà un peu à la social-démocratie grâce à son système économique libéral comprenant une part non négligeable d’économie sociale et solidaire et qui reste globalement efficace dans le domaine de la production, auquel est adjoint un système de protection sociale qui organise une certaine forme de redistribution de la richesse produite. Ce système permet de conjuguer du mieux possible l’efficacité économique avec les enjeux sociaux de liberté, de justice sociale, d’égalité… prônés par la gauche. Aujourd’hui l’écologie doit devenir une priorité absolue.

Quelle alternative possible aujourd’hui ?

Personne ne nie la responsabilité immense du système capitaliste dans la situation dramatique de la planète et qui fait aujourd’hui craindre la fin du monde (selon la définition d’A Barrau). Mais force aussi est de constater que s’il faut, pour agir, attendre la destruction du néolibéralisme et son remplacement par un système plus vertueux et qui reste à inventer, la planète aura probablement subi assez de dommages pour que la « finitude » de l’homme soit cette fois devenue une réalité. C’est donc le pragmatisme qui doit prévaloir et la lutte contre le néolibéralisme ne doit donc en aucun cas constituer un préalable à l’action.

On n’a donc probablement aujourd’hui d’autre choix que de tirer parti de l’efficacité du néolibéralisme pour aller de l’avant. Celui-ci dispose de moyens de recherche et d’innovations mais également financiers, qui seraient capables de répondre aux défis de la sauvegarde de la planète. Aucun plan significatif de transformation du système économique actuel pour le rendre compatible avec les enjeux climatiques, ne peut réussir contre lui et sans sa participation. La seule condition est que la puissance publique dans le cadre de la gouvernance politique qui doit être mise en place à tous les niveaux, soit en capacité d’imposer des objectifs au monde économique et de les faire respecter.

Ainsi en est-il par exemple du modèle d’agriculture qui doit s’imposer pour faire disparaître celui qui existe actuellement et qui prône la production intensive à tout prix avec les résultats que l’on sait sur le plan environnemental. Ainsi en est-il également par exemple pour la mobilité et les transports avec l’usage des énergies fossiles avec des normes en matière de pollution très largement excessives. C’est à la puissance publique de fixer des objectifs à court, moyen et long terme pour imposer des normes plus draconiennes afin de faire migrer le parc actuel des voitures, des poids lourds et des avions vers des motorisations plus économes et moins polluantes, et dès que possible vers des énergies propres non fossiles (électrique, hydrogène…). Si les politiques sont capables de fixer un objectif ambitieux comme par exemple celui de la disparition totale des moteurs thermiques fonctionnant à l’énergie fossile d’ici 2040, on est à peu près certain que le système saura s’y adapter. Si ce type d’objectif peut être imposé dans les pays européens, la capacité des groupes concernés de s’y conformer ne fait aucun doute même si elle va s’évertuer au départ à s’y opposer au nom de la compétitivité internationale et des intérêts de leurs actionnaires. Pour l’instant, l’obstacle le plus difficile à surmonter est probablement de nature politique en raison du poids des lobbys (exemple de l’Allemagne avec l’importance considérable du secteur automobile pour l’emploi et les exportations).

Le système néolibéral est-il inerte face aux dangers qui guettent la planète ?

Le système sait bien que globalement sa survie – sauf semble-t-il aux USA où le « négationnisme » imposé par Trump à l’ensemble des acteurs de l’économie produit ses effets pour l’instant eu égard aux profits considérables que ses réformes fiscales permettent de réaliser aux entreprises et aux plus riches – est aussi aujourd’hui conditionnée par un engagement accru dans la transformation des modalités de production.

Ainsi, aujourd’hui à peu près toutes les entreprises du CAC40 ont créé une Direction de l’Environnement et du Développement Durable directement rattachée à la Direction Générale et considérée comme stratégique, avec des fonctions transversales importantes au sein de l’entreprise et des moyens d’action qui sont loin d’être négligeables. Certaines comme Danone ont même l’ambition de créer un nouveau modèle d’entreprise du 21ème siècle qui serait capable de répondre aux trois enjeux du Développement Durable avec une attention toute particulière portée au bonheur des salariés, à la « durabilité » des produits mis sur le marché et aux modes de production.

Même les banques s’y mettent : ainsi 18 banques centrales demandent aujourd’hui au système bancaire de leurs pays respectifs, d’intégrer désormais le risque climatique dans leurs systèmes de gestion au même titre que le risque financier. La Banque d’Angleterre elle-même vient de créer une Direction de l’Environnement. Ce sont autant de signes qui indiquent que les entreprises sont capables de prendre le tournant de l’urgence climatique si elles y trouvent un certain intérêt.

Jusqu’où ?

Comment utiliser le potentiel du système néolibéral pour les enjeux climatiques ?

Le débat autour de la question du glyphosate en France est significatif des difficultés à surmonter pour atteindre certains objectifs. Dans ce débat, la puissance des lobbys tels que Mosanto et d’autres a fait preuve d’une grande efficacité au niveau européen dans la fixation des délais imposés pour la disparition complète de ce pesticide dont la nocivité est pourtant avérée. En France, face à ceux qui souhaitaient imposer une interdiction immédiate, les élus ont proposé un délai de 3 ans malgré les hurlements des agriculteurs qui estimaient que ce n’est pas suffisant pour organiser la mutation de leurs outils de production. Dans une situation comme celle-là, fallait-il imposer une interdiction immédiate en mettant beaucoup de professionnels dans une situation difficile avec le risque qu’ils s’y opposent pour aboutir finalement à l’échec ? N’est-il pas toujours souhaitable lorsque c’est possible de tenter de rechercher la collaboration des acteurs concernés pour aller de l’avant plutôt que de créer des oppositions frontales qui ne mènent nulle part ? Jusqu’où les compromis sont-ils possibles ?

Comment se fait-il par exemple que le taux d’agriculture bio qui atteint 15% dans certains pays européens, n’est que de 6% en France ? La réponse des lobbys agricoles et agro-alimentaires consiste à affirmer que les produits agricoles français proposés aux consommateurs sont d’aussi bonne qualité que ceux qui sont labellisés bio dans d’autres pays quelquefois sans contrôles et de manière abusive. Sans nier cette qualité, leur labellisation apporterait néanmoins une meilleure information aux consommateurs et aussi des revenus améliorés aux agriculteurs. Mais ceux-ci semblent persuadés qu’ils sont les meilleurs et que dès lors, passer en bio ne constitue pas une démarche utile et nécessaire. A cet égard aussi, il faut évoquer l’absurdité de la PAC qui continue à orienter ses subventions à l’agriculture industrielle la plus productiviste et la plus polluante au lieu justement de favoriser l’agriculture bio de qualité et de proximité, les circuits courts…etc.

C’est évidemment une question difficile eu égard à certaines urgences et à la défense quelquefois légitime de certaines catégories de population dont le pouvoir politique ne peut s’affranchir. La démission de Nicolas Hulot a bien mis en évidence l’inertie du système et sa capacité à résister aux évolutions souhaités par les élus et les citoyens qui les ont choisis, la bonne volonté étant loin d’être suffisante. Dans une interview à L’Obs, Pascal Canfin évoque à ce propos les structures de l’Etat (les grands corps issus de l’ENA et de l’X) qui occupent durablement les postes de direction de la Haute Administration sans avoir à subir les alternances politiques au niveau de l’Etat. Ceux-ci ont d’après lui la capacité de résister pour que rien ne change en profondeur même si les élus du Peuple en décident autrement dans les lois qu’ils votent à l’Assemblée. Faut-il espérer que le choix de Macron d’associer ces hauts-fonctionnaires à la préparation des orientations des réformes engagées conduisent à un changement d’attitude de leur part et soit finalement bénéfique pour faire aboutir les volontés politiques qui s’expriment à travers les élections ? Rien n’est certain.

En tout état de cause, face à l’inertie du système économique, à la puissance des lobbys qui agissent dans l’intérêt des entreprises, la versatilité de l’opinion publique elle-même est souvent un obstacle. D’un côté en effet, elle soutient les grands enjeux écologiques mais de l’autre elle est capable de se dresser immédiatement contre des mesures qui vont pourtant dans le sens souhaité à l’exemple de la taxe carbone en Bretagne il y a quelques années ou actuellement des 80 km/h sur les routes départementales et le carburant cher. On sait dès lors que sans une volonté politique ferme et constante des politiques à tous les niveaux, rien ne sera possible.

La décroissance.Enjeu: Comment définir la décroissance parmi les multiples théories et pratiques existantes? Economie sociale et solidaire.  

Mais peut-on imaginer qu’un pouvoir politique puisse imposer l’ensemble des mesures qui seraient souhaitables voire indispensables eu égard à l’urgence climatique, en obligeant l’ensemble des citoyens à changer leur mode de vie à marche forcée dans un laps de temps très court, contre leur volonté et souvent dans des contextes où certaines conditions ne seraient pas réunies pour que ces changements soient possibles ? C’est peu probable et l’exemple de la question des mobilités en zone rurale ou dans la périphérie des villes est à cet égard significatif des contradictions qu’il va falloir surmonter : d’un côté le carburant cher qui pénalise les familles qui n’ont pas d’autres solutions de transport possible que la voiture alors que de l’autre la réduction des déplacements en voiture constitue une donnée favorable pour atteindre les objectifs de la COP21. On voit donc que la seule stratégie possible quelle que soit la volonté politique des gouvernements d’aller de l’avant, est probablement le pragmatisme avec le souci permanent d’apporter un soutien aux populations défavorisées et démunies face aux bouleversements qui seraient imposés trop brutalement pour respecter les objectifs de l’urgence climatique.

Encore faut-il que les politiques soient convaincus de leur rôle et qu’ils ne tombent pas dans la démagogie facile comme c’est trop souvent le cas actuellement. Et pour que cette volonté puisse s’affirmer, le soutien le plus large des citoyens constitue une nécessité et même un préalable. Au-delà du simple soutien, c’est même carrément le harcèlement qu’il faudrait pratiquer à leur égard pour les contraindre à aller de l’avant : aucune transition efficace ne pourra être en effet engagée sans une volonté collective largement partagée y compris par la population.

Quant à l’impopularité des décisions qu’il faudra savoir imposer au risque même de réduire plus ou moins les libertés individuelles, jusqu’où est-il possible d’aller sans tomber dans une sorte de « fascisme vert » ? Les exemples donnés par Aurélien Barrau semblent faire la démonstration que finalement le peuple est capable dans certaines circonstances d’inverser le système des valeurs communément partagé pour adhérer à de nouvelles qui pourraient lui être ultérieurement profitables (exemple de la sécurité routière où chacun accepte finalement dans le cadre de règles imposées au nom d’une discipline collective, de se priver de la liberté de profiter de la capacité de vitesse de voitures pouvant rouler à 200km/h). Le peuple sera-t-il capable au nom de la protection de la planète et de l’urgence climatique, d’accepter de se priver de certaines libertés et des plaisirs qui font le quotidien de tout un chacun comme celui de voyager sans limite en avion ou dans une voiture de son choix, de consommer de la viande également sans limite alors que l’on sait qu’à l’autre extrémité de la chaîne cela conduit à des rejets massifs de GES ainsi qu’à la déforestation en Amazonie ou en Indonésie pour accroître à l’infini la production industrielle et polluante d’huile de palme et de soja exportés à grands frais vers l’Europe…etc. ?

Quoi qu’il en soit, la 1ère réaction de beaucoup de membres du club a été d’affirmer à priori qu’il ne fallait pas toucher aux libertés fondamentales qui est la 1ère valeur sacrée de notre démocratie et que c’était par la persuasion qu’il fallait inverser les comportements des citoyens. On a aussi fait observer que pour atteindre les objectifs de la COP 21, des pays autoritaires comme la Chine seraient probablement plus efficaces que les démocraties occidentales.

La confiance à accorder aux politiques

Au niveau planétaire, si en effet l’engagement des politiques constitue une condition de l’inversion du système de valeurs, encore faut-il pouvoir leur faire confiance. Comment peut-on accorder celle-ci à des Trump, Poutine, et autres Orban, Salvini…et Bolsonaro, futur président du Brésil qui a déjà annoncé la couleur. Comment peut-on espérer modifier la gouvernance mondiale, européenne, nationale dans un sens favorable alors que l’on constate la « populisation » croissante des pays y compris en Europe ?

C’est probablement au niveau européen que ce combat peut être décisif alors que les élections se profilent et que le risque existe d’une victoire des populistes. Si l’Europe parvient à s’unir autour d’objectifs écologiques significatifs, l’effet d’entrainement peut être significatif à l’échelle planétaire.

Cependant, quoi qu’on en dise, en France, l’action est déjà largement engagée au niveau des territoires et en particulier dans le cadre des nouvelles intercommunalités qui ont vu récemment le jour et qui doivent obligatoirement dépasser 20000 habitants. Ainsi au niveau de la Région angevine (400000 habitants) une réflexion en profondeur est en cours avec des engagements concrets planifiés et financés dont un Plan Climat Air Energie Territorial qui s’impose à toutes les collectivités. A ce titre, il va exister un plan de végétalisation, des actions pour maîtriser les émissions de GES dans le cadre de la mobilité, des actions d’économie d’énergie dans l’habitat, la promotion des énergies renouvelables avec en particulier une nouvelle ferme solaire comme celle qui existe déjà aux Ponts-de-Cé. Il est évident que ce type d’engagement contribue à faire évoluer les esprits au niveau des élus pour commencer mais également celui des citoyens, préalable nécessaire pour commencer à inverser certains comportements.

Créer des effets de rupture pour aller de l’avant ?

D’après Pascal Canfin, un changement majeur serait de « mettre la dette écologique au même niveau d’importance politique que la dette financière car nous léguons les deux à nos enfants ». Dans ce nouveau cadre, chaque ministère devrait établir son budget en l’alignant sur les objectifs de l’Accord de Paris. En regard des 3% de déficit autorisés par Bruxelles du point de vue financier, son équivalent du point de vue écologique serait le niveau des émissions de gaz à effet de serre cohérent avec les engagements fixés lors de la COP 21. Ce serait un moyen d’obliger l’Etat à se conformer aux objectifs qu’il s’est fixé et puisqu’on ne les tient pas, la règle devrait être d’obliger l’Etat à adopter un projet de loi de finances qui s’y conforme.

Il appartiendrait donc au Ministère de la Transition écologique de valider les choix budgétaires de chaque ministère, mesurés en CO2 comme Bercy le fait en euros pour les prévisions financières. Ce serait également à ce ministère de piloter les négociations sur la PAC en lien avec le ministère de l’Agriculture. Il est évident qu’une telle valorisation de l’écologie aurait un impact important sur l’état d’esprit des fonctionnaires et probablement aussi sur les citoyens.

La question de la croissance

Prôner brutalement la décroissance de l’économie constituerait une rupture qui aurait certainement beaucoup de difficultés à être accepté en l’état actuel de l’opinion aussi bien par les acteurs économiques que par les citoyens. On sait en effet quels sont les impacts terribles que subissent les pays frappés de récession (chômage massif, la pauvreté et la misère…). Dès lors est-ce possible et souhaitable ?

 

Pourtant, il est évident que ne s’appuyer que sur le niveau du PIB pour évaluer le bien-être des populations est largement insuffisant. Cela a par ailleurs l’inconvénient majeur de ne considérer que la croissance des biens matériels produits (y compris ceux qui ont une valeur négative en regard de leur impact sur la planète comme la production de déchets) pour apprécier les progrès effectués par une nation ou la planète dans son ensemble. Si la production de biens de consommation constitue une donnée importante, il existe d’autres paramètres qui devraient être pris en compte pour apprécier le niveau et la qualité de vie et tempérer la prise en considération du seul PIB comme indicateur de mesure du progrès humain.

La croissance verte qui est de nature plus qualitative que quantitative, pourrait en faire partie avec des indicateurs qui ont déjà été formalisés. Ce n’est pas une vue de l’esprit car les entreprises sont prêtes à s’engager autour de ce concept. C’est le pragmatisme qui doit jouer pour les faire avancer par petites touches successives, en douceur… La France ne produit que 0,90% des GES émis au niveau de la planète alors qu’ensemble la Chine, les USA et l’Inde en produisent 50%. Rapporté à l’émission de GES par habitant, c’est évidemment le mode de vie américain qui est le plus pénalisant pour la planète. En comparaison avec ces pays, l’impact de ces nouveaux indicateurs calculés pour la France ne représenterait pas grand-chose. En revanche, cette nouvelle référence pourrait produire un effet d’entraînement à des échelles plus vastes notamment européennes et progressivement au niveau mondial. Mais d’autres indicateurs se rapportant aux progrès de la connaissance ainsi qu’à d’autres secteurs moins « matérialistes » et plus culturels pourraient être intégrés à ce nouvel indice plus représentatif du bien-être global des citoyens, pour inciter également ceux-ci à changer de système de valeurs dans leur vie quotidienne.

Cela étant, la question reste de savoir comment on peut faire bouger le monde et notamment les gros émetteurs que sont la Chine, les USA et l’Inde ? Comment est-il possible d’inverser le système de valeurs en lien avec la consommation de biens qui sont actuellement les plus partagées au niveau de la planète et qui sont au cœur des attentes des populations des pays émergents qui veulent calquer leur mode de vie sur celui des pays riches occidentaux?

La question démographique

Certains prévisionnistes s’alarment de la croissance démographique galopante dans certaines régions du monde et qui tend à assombrir l’avenir de la planète en raison de sa probable incapacité à nourrir une population qui atteindrait plus de 10 Milliards d’habitants dans un délai relativement proche et certainement aussi en raison des effets migratoires qu’elle ne manquerait pas de susciter en Afrique. Mais il n’est pas certain que cette menace apparente devienne réalité car il est probable que l’on assiste dans les régions du monde concernées par cette démographie galopante, à la même stabilisation que celle qui est observée partout ailleurs.

Un nouveau système de valeurs à créer

La force du système néolibéral aura été de faire de la consommation une valeur partagée par le plus grand nombre des citoyens sur la planète et à laquelle ils veulent adhérer sur le modèle américain. Le but ultime de la vie et du travail devient l’obtention d’un pouvoir d’achat suffisant pour consommer sans limite et pour faire l’acquisition de nouveaux biens utiles ou non dont la promotion aura été habilement soutenue par des campagnes efficaces de publicité. Il est évident que cette pseudo-valeur n’est pas suffisante pour donner un sens à une vie et on a pu le vérifier auprès des apprentis terroristes qui s’engageaient avec Daesh justement parce qu’ils avaient besoin de trouver un idéal capable de satisfaire leur aspiration au dépassement de soi. Par quoi faut-il commencer pour contester le système actuel et pour inverser les comportements des citoyens ? Comment peut-on faire de l’écologie un système de valeurs qui peut être largement partagé par le plus grand nombre et qui mérite que l’on s’engage pour lui ?

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